‹ Théâtre chimérique; vingt-sept actes de pantomimeChapitre 4 sur 122 · LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL

Je chante les jours bénis et l'amour revenu. Les bois ont senti le souffle du printemps passer dans leur chevelure rajeunie. Ils tendent vers le soleil leurs bras gonflés de sèVe. Ils ont une âme, et cette âme s'exprime par ma voix.

Je pleure d'attendrissement.

Quoi ! A cause de ce ténor poussif?

BONVOULOIR

C'est le rossignol que vous traitez de la sorte ?

Certes.

BONVOULO IR

Il chante pourtant à ravir.

11 chante faux. Il vient de donner un si bémol au lieu d'un si naturel.

BONVOULOIR

Je ne m'en suis pas aperçu.

C'est que vous n'entendez rien à la musique.

BONVOULOIR

Pardonnez-moi.

Si VOUS y entendiez quelque ciiose, vous auriez grincé des dents au passage de cet accord inharmonique.

Quel accord ?

Cet accord où la voix du chanteur était dans un ton et le sifflet de la locomotive dans un autre.

BONVOULOIR

Quelle locomotive ?

Celle du train qui vient de passer là-bas, à l'horizon,

BONVOULOIR

Je n'ai pas pris garde à ce train.

Moi, je prends garde à tout. Ce train est celui de sept heures trente-sept. Vous voyez que je suis précis, moi !

BONVOULOIR

Excusez-moi ; mais ce train n'empêche pas le rossignol...

Le rossignol, d'après les manuels d'ornithologie, est un petit oiseau de plumage roussàtre, d'humeur farouche, qui souffre généralement de la goutte et meurt d'étisie ou d'indigestion.

BONVOULOIR

Je ne suis pas ornithologue.

Moi, je suis tout.

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