SCENE IV Les Mêmes, PAYSANS et PAYSANNES
BONVOULOIR
Ah ! voici là-bas des jeunes filles qui dansent et des jeunes gens qui entonnent en chœur une vieille ronde populaire. Comme c'est suave !
Oui, de loin. Mais approchez un peu.
BONVOULOIR
Je ne veux pas approcher. La chose doit être vue et entendue à distance.
Au moins, regardez dans ma lorgnette et écoutez dans mon téléphone. Là, maintenant, que voyez-vous et qu'entendez-vous ?
BONVOULOIR
Je vois que les danseuses sont en guenilles et j'entends des paroles niaises, hélas !
Non seulement elles sont en guenilles, les danseuses ; mais elles sont sales. Jupons crottés ! Mains crasseuses ! Et les voix qui chantent, quelles voix de rogomme, éraiîlées, gueulardes ! Sans compter qu'elles doivent puer la vinasse ! Et ce qu'il y a, dans ces bouches, de dents gâtées !
Mais d'ici, sans votre lorgnette et votre téléphone, comme c'est exquis, ce spectacle et ce chœur!
Mais la vérité, fichtre, la vérité, qu'en faites-vous, bougre de rêveur ?
BONVOULOIR
Eh ! monsieur, vous m'exaspérez à la fin, avec votre vérité. Laissez-moi donc jouir en paix de mon illusion.
Ah ! vous l'avouez, vous l'avouez, que c'est une Uusion.
BONVOULOIR
Ôu), je l'avoue, si cela vous est agréable. Mais laissez-moi m'en régaler, je vous prie.
Non, monsieur; mon devoir avant tout !
BONVOULOIR
Et quel est-il donc, votre devoir ?
D'embêter les gens comme vous.
BONVOULOIR
Et vous payez pour ça, sans doute ?
Pas du tout. On me paie.
BONVOULOIR
Eh bien ! vous ne volez pas votre argent ; car vous m'embêtez ferme. Et maintenant, bonsoir, foutez-moi la paix !
Vous manquez de respect à la critique..