SCENE PREMIERE
Cher maître, je viens enccre vous interviewer.
CHOSE
A vos ordres, mon cher confrère. Et sur quoi, je vous prie, ce matin ?
ZUT
Sur une grave question qni passionne le public au plus haut point.
LE l'UB L I C , à la cantonade.
Ce n'est pas vrai. Il ment ! Il ment ! Ne l'écoutez pas ! Arrètez-le. Ce n'est pas vrai.
ZUT, à part.
Je m'en fiche un peu, de toi et de tes cris. Avant tout, des lignes, je ne connais que ça.
LE l'U BLIC, à la canlonade.
Mais c'est moi qui les lis, hélas ! hélas !
ZUT
Nentendez-vous pas, cher maître, la rumeur publique, qui réclame vos lumières sur cet obscur problème ?
CHOSE
Je 'l'entends, certes. Aussi, croyez-le bien, mon cher confrère, je suis tout disposé, tout prêt à... Mais quelle est donc cette passionnante question, je vous prie ?
ZUT
Voici, cher maître. II s'agit de savoir si les soies de cochon noir sont préférables aux soies de cochon blanc dans la fabrication des cils artificiels pour mastodontes de Muséum, et, le choix étant fait, s'il vaut mieux les piquer dans la cire par le gros bout ou par le petit.
CHOSE
Ah ! ah ! c'est délicat et compliqué, en effet. Et je comprends que le public...
ZUT
Le public attend dans l'angoisse votre décision, cher maître. Que lui dirai -je ?
INTERV1E\YS 181
CHOSE
Dame ! Cela dépend un peu. Qu'en pense cet idiot de Machin ?
ZUT
Je n'en sais rien encore. C'est vous, cher maître, que 'ai voulu interroger le premier.
CHOSE
Eh bieni moi, c'est simple, allez. Je suis de l'avis liamétraiement opposé au sien, quoi qu'il pense. Voilà !
ZUT
Parfaitement. Cela est clair.
CHOSE
Et dites bien, n'est-ce pas, qu'il n'y a là ni rancune 3ersonnelle, ni mesquine rivalité de boutique. Un lomnie comme moi est au-dessus de pareils soupçons, j'imagine ! Non, si je prends position ainsi, et carréaient, contre Machin, c'est par conviction, et parce que l'avenir de la littérature, je veux dire de la fabrication Jes cils artillciels pour mastodontes de Muséum... Enfin, suffit ! Vous m'avez compris, hein ?Et je compte sur vous pour ne pas tronquer devant le public ma oyale déclaration.
ZUT
Ne craignez rien, cher maître; je suis un phonographe.
SCEi^E II
M A c m X Ah ! c'est vous, mon petit Zut I Je parie que vous venez minterviewer.
ZUT
Hélas 1 oui, cher maître. La gloire a ses corvées et le public...
LE PUBLIC, à la cantonade.
Blagueur 1 Blagueur !
ZUT
Tenez ! l'enlendez-vous ? Il veut savoir, il a soif de savoir...
MACHIN
Ce que je pense, n'est-ce pas, du choix à faire entre les soies de cochon noir et les soies de cochon blanc dans la fabrication des cils artificiels pour mastodontes de Muséum...
... et aussi et surtout quel est votre précieux avis sur la question non moins importante de décider s'il vaut mieux les piquer dans la cire par le gros bout ou parle petit.
MACHIN
Je sais, je sais. On m"a déjà mis au courant de ces préoccupations.
ZL'T, effare.
Ah 1 qui donc ? Est-ce que par hasard quelqu'un m'aurait coupé votre interview sous le pied ?
Non, non, tranquillisez-vous ! Mais j'ai rencontré ce crétin de Chose qui m'a raconté votre visite.
ZUT
Ah ! bon ! Et il vous a dit sans doute, cher Maître, ce que lui-même il pense là-dessus ?
MACHIN
Lui, penser quelque chose I Alloue donc ! Un bavard 1 Des mots enfilés ! Des mots pour ne rien dire !
ZUT
Tandis que vous, cher maître...
MACHIN
Ohl moi, c'est une autre paire de manches. La forme, a m'est égal. Le fond d'abord, telle est ma doctrine, ît je l'ai répété à Chose. Et vous pouvez le confirmer m public. C'est net, cela, il me semble. Et si l'on s'y rompe, c'est qu'on le voudra bien.
ZUT
Bref, vous êtes, à ce que je comprends, pour les soies le cochon blanc.
M A c H I N Mais non, mais non, sacrebleu ! De cochon noir !
Tout ce qu'il y a de plus noir 1 La forme, c'est blanc. Le fond, c'est noir. Soyons logiques! Je raisonne et je pense, moi 1 Noir, noir, cochon noir !
ZUT
J'entends, cher maître. Et, si je ne me trompe, je vois aussi que vous êtes pour qu'on pique par le petit bout.
MACHIN
Comment, le petit ?
ZUT
Je veux dire le gros.