SCÈNE II
Dans le boudoir.
BOBY
Me v'ià ! J'ai un peu glissé sur les parquets. Quand même, ayez pas peur, j'suis d'aplomb.
(Il cligne de l'œil d'un air égrillard.)
Oui, d'aplomb, et d'attaque, on peut le dire. D'attaque, vous entendez, la p'tile mère,
(11 la bouscule, légèrement, croit-il, mais de façon a la faire tomber le» quatre pattes eu rebiudaine.)
MIRZA
Prenez garde ! Vous m'avez fait mal.
BOB Y
Oh ! c'est rien, ça. Attendez un peu ; tout à l'heure, vous verrez.
(Il la (laire à la mode canine.) MIRZA
Que faites-vous là, Boby ?
BOBY
Dame ! ma révérence, mignonne. J'ai reçu de l'inducation, sans que ça paraisse !... Matin ! que vous embaumez fort ! Mais je suis franc, moi. Vous savez, ça ne sent pas bon, ce que vous vous mettez au...
MIRZA, pudique.
Boby, je vous en prie, pas de gros mot.
BOBY
Oh ! ce ne serait pas un gros mot ; vous avez un si petit...
MIRZA
Boby, Boby, de grâce ! (A part:) 11 ne manque pas d'un certain esprit, le maroufle !
BOBY
Enfin, quoi 1 Petit ou non, ce que vous y mettez ne sent pas bon.
MIRZA
C'est du new-moon-hay, pourtant.
BOB Y
Eh ben ! le new-moon-hay pue, v'ià tout.
MIRZA
Que mettez-vous donc, vous, mon cher Boby ?
B G B Y , avec un gros rire .
Moi? Rien, parbleu. Tenez ! sentez plutôt.
(Il se tourne et Mirza le flaire.) MIRZA
Oh ! l'exquise odeur !
BOBY
Vrai ?
MIRZA
Je vous jure.
BOBY
Alors c'est que je suis parfumé naturellement.
MIRZA
Oui, vous avez raison. Cela fleure en efl'et le chien, le fort chien.
BOBY
Un peu aussi le fumier, allez, probablement. Je m'y roule avec plaisir, des fois.
MIRZA, reflairant.
Un peu aussi le fumier, oui, je ne dis pas. C'est très sain, n'est-ce pas, l'odeur du fumier?
BOBY
Oh ! pas tant que celle de la charogne. Ça, qu'est
fameux, pour les puces. Et ça vous fait un poil, faut voir ça.
MIRZA
La charogne? En vérité !
BOBY
Comme j'ai l'honneur de vous le dire. Sans compter qu'après s'être roulé dessus, la charogne, on la boulotte.
MIRZA
On la... quoi ?
BOBY
Boulotte. On la briffe, enfin. Bref, on s'en colle une tranche. Et ce que c'est bath à se passer entre ses dents !
MIRZA
Voilà pourquoi vous les avez si belles.
BOBY
Possible.
MIRZA
Moi, on me les brosse tous les matins, avec un dentifrice inventé exprès par une de nos sommités vétérinaires.
BOBY
Oh 1 là, là ! Mince !
MIRZA
Vous dites ?
BOBY
Rien ! Jrisole. Un dentifrice 1
MIRZA
Vous n'en usez pas ?
BOBY
D'mande pardon. QuéquTois.
Lequel employez-vous, de préférence?
BOBY
L'étron frais.
MIRZA
Je ne connais pas. C'est bon ?
BOBY
•Du nanan. Tenez 1 Humez-moi ça
(Il lui souffle au nez violemment.) MIRZA
Oh ! quelle haleine merveilleuse !
BOBY
Je n'en suis pas plus fier.
MIRZA
De quoi donc êtes-vous fier?
BOBY
De ça.
(Son geste désigne l'objet que nous n'osons plus nommer et que les anciens Grecs exhibaient au regard même des jeunes lilles dans les cérémonies religieuses des Phallophories.)
214 TIIÉATRR CHIMÉRIQUE
MIRZA, baissant les yeux.
Oh ! Boby.
BOB Y
Eh ben 1 oui, j'en suis fier. Est-ce qu'il n'y a pas de quoi ?
MIRZA, timide.
Je ne sais pas, mon ami. Je ne suis pas au courant de ces choses-là.
BOBY
Pas difficile d'y être, pourtant, et de savoir. Si vous y tenez! A vot' service.
MIRZA
Vous avez des façons de faire la cour... !
BOBY
La cour, moi 1 J'ia fais pas, la cour. C'est bon pour ceux qui ne sont pas foutus d'faire aut'chose. Moi, je...
M I R z .\ Boby, encore une fois, pas de gros mot !
BOBY
Alors, quoi? La chose, hein?
MIRZA
Vous le désirez donc vivement, mon cher Boby ?
BOBY
Moi 1 oh ! avec vous, pas tant que ça. C'est pour vous
CIIIENNERIE 215
être agréable, pas plus. Une politesse, v'ià tout. On est bien élevé ou on ne lest pas.
MlRZA,à part.
Son indifférence même m'excite. C'est un ragoût nouveau pour moi. Et dire que ce rustre, qui parle si mal, doit agir si bien ! Tandis que le subtil Pug...
BOBY
Avez-vous fini de réfléchir ? Voyons, ça vous va-t-il, oui ou non? Décidez-vous. Moi je suis pressé. J'ai de la besogne en bas. Et si on me trouve ici, ça en fera un pétard. Allons, est-ce oui?
MIRZA
Soyez bien élevé, Boby.
BOBY
Je comprends. Ça veut dire...
MIRZA
Chut :
BOBV
Suffit 1 Entendu. On y va. On y va.
(La pantomime de\ient injouable, et les spectatrices sont priées de mettre leurs mains sur leurs visages afin de ne rien voir, sinon entre les doigts.)