MIRZA. BOBY
(Le tliéàtre représente la cour de Thôtel. Au fond, les écuries. A droite, une fenêtre donnant sur le boudoir de la petite baronne. A gauche, l'entrée du grand escalier.)
MIRZA, àlafonôlre.
Ce Boby est décidément un gaillard bien râblé ! Quelle tête éuorme ! Quels reins solides ! Les belles pattes torses! Et des muscles! Ah! ces muscles!... Comme ils jouent sous sa peau souple, au poil rude et
luisant ! Sans doute cette brute ne doit pas avoir des sentiments fort raffinés. Il ouvrirait de gros yeux stupides, si je lui parlais de ma subtile mélancolie, si je lui analysais l'état d'âme morbide et précieux de la pauvre petite Mirza. Mais qu'a-t-il besoin de les connaître, ces mystères physiopsychologiques? Pour en disserter savamment et délicatement et délicieusement, n'ai-je pas mon suave ami Pug, le carlin de la duchesse, un de nos plus fins directeurs de conscience? Il est vrai qu'en revanche ce Pug n'est ni le PugFarnèse, ni celui du Belvédère. Un gastralgique, un hypocondriaque, un névropathe, un morphinomane, un intellectuel enfin, comme nous tous, hélas ! Tandis que cet animal de Boby ! Ah ! quels muscles !
BOB Y, dans la cour.
Allons, voilà encore la Mirza qui me fait de l'œil à la fenêtre du boudoir! Me fait-elle de l'œil, vraiment? Elle en a tout l'air, ma foi ! Mais quoi ? Est-ce qu'on sait jamais, avec ces sacrées chiennes du monde? Ça vous a toujours la prunelle à l'envers. Ça se pâme pour un rien. Quelle idée de croire que cette coquette-là, avec son spencer de peluche bleu-tendre, son nœud de soie au toupet, veuille s'offrir un cabot d'écurie comme moi? Tu te montes le bourrichon, mon bonhomme, voyons. Après tout, d'ailleurs, ce que je m'en fous! Ça ne doit pas être un fameux morceau, cette chipie-là.
MIRZA, de la fencire.
Pst ! pst ! Boby !
BOB Y, à part.
Mais si, nom de nom ! Elle en tient. Pour sûr, elle me gobe. (Haut.) De quoi ?
MIRZA
La porte du grand escalier est ouverte. Il n'y a personne dans les appartements. Montez donc, Boby ; j'ai quelque chose à vous dire.
BOBY
On y va, on y va.
MIRZA, à part.
J'adore sa façon de parler. C'est simple, c'est peuple, c'est nature. Ça me change de Pug, aux phrases si quintessenciées. Oh ! combien exquises, certes, les psychologies de notre Saint Augustin laïque ! Mais aussi, le Boby, quelle carrure !... Ah ! cette carrure !