SCÈNE VI
Le vestibule du palais ; bruit de tambours ; d'un côté entrent astolphe et des soldats, de l'autre l'infante étoile suivie de ses dames.
En voyant les brillants rayons de cette étoile, les tambours et les trompettes mêlent leurs sons divers, les oiseaux et les fontaines confondent leurs gazouillements. A votre céleste vue, ils chantent avec des accents pareils et une admiration enthousiaste, les uns, clairons emplumes, les autres, oiseaux de métal ; ils vous saluent, madame, les canons comme leur reine, les oiseaux comme l'aurore, les trompettes comme Pallas, les fleurs comme Flore. Car vous êtes, triomphant du jour que déjà la nuit exile, une aurore par l'allégresse que vous répandez, une Flore par la paix que vous embellissez, une Pallas par la guerre où vous brillez, une reine dans mon âme où vous régnez.
ÉTOILE
Si les paroles répondent aux actions, vous faites mal en disant des galanteries si recherchées, auxquelles peut donner un démenti tout cet appareil guerrier, contre lequel je suis forcée de me montrer intrépide. Car les flatteries que j'entends ne s'accordent guère avec les démonstrations hostiles dont je suis témoin. Sachez que c'est une conduite basse et
digne seulement d'une bête sauvage, dont la nature est la perfidie et la trahison, de caresser avec la bouche et de tuer en intention.
ASTOLPHE
Vous êtes bien mal informée, Étoile, quand vous doutez de la sincérité de mes compliments. Je vous prie d'en écouter la raison, et vous verrez si elle est juste. Eustorge III, roi de Pologne, mourut laissant pour héritier Basile et deux filles, desquelles vous et moi nous sommes nés. Je ne veux pas vous fatiguer avec ce qui est ici hors de propos. Clorilène, votre mère, qui en ce moment occupe dans un meilleur royaume un trône de splendeurs, fut l'ainée, et vous êtes sa fille. La seconde, ma mère et votre tante, fut la belle Recisonde (que Dieu la conserve encore mille années !) ; elle se maria en Moscovie et me donna le jour. Il faut maintenant que je passe à un autre sujet. Basile, qui déjà, Madame, sent les atteintes communes du temps, plus amoureux de l'étude que des femmes, est devenu veuf, sans enfants ; vous et moi, nous prétendons à hériter de ce royaume. Vous alléguez que vous êtes fille de la sœur aînée; moi, qui suis homme, quoique fils de la cadette, je dois vous être préféré. Nous avons exposé nos prétentions à notre oncle. Il nous a répondu qu'il voulait nous mettre d'accord, et nous avons fixé pour l'entrevue ce lieu et ce jour. Pour cela, j'ai quitté la Moscovie et je suis venu jusqu'ici, au lieu de vous faire la guerre ou d'attendre que vous me la fissiez. Veuille l'amour, ce Dieu si malin, que le peuple, astrologue véridique, ne se trompe pas aujourd'hui sur nous deux ; et que s'achève cet arrangement en vous faisant reine, mais
reine sous mon joug, en obtenant de notre oncle sa couronne, de votre courage le triomphe, et de mon amour l'empire.
ÉTOILE
A une générosité si courtoise, mon cœur ne le cédera pas. Car cette couronne royale, c'est seulement pour qu'elle soit à vous que je me réjouirai de l'obtenir ; quoique mon amour ait à se plaindre de vous trouver ingrat. Car, quoi que vous disiez, ce portrait que je vois suspendu sur votre poitrine me semble démentir vos paroles.
ASTOLPHE
Je veux vous satisfaire à ce sujet, mais il n'y a pas moyen, ces instruments sonores nous avertissent que le roi vient avec son conseil. (On entend les tambours.')