SCÈNE PREMIÈRE
CLAIRON
Une prison.
CLAIRON
Je suis prisonnier dans une tour enchantée à cause de ce que je sais, que me fera-t-on pour ce que j'ignore, si pour ce que je sais on me tue ? Quoi, un homme si affamé viendrait à mourir plein de vie ? J'ai compassion de moi. Tous diront : je le crois bien, et Ton peut bien le croire, car pour moi ce silence ne s'accorde pas avec ce nom de clairon, et je ne puis me taire. Ma compagnie ici, si je ne me trompe, ce sont les araignées et les rats. Voyez quels jolis camarades Í Des rêves de cette nuit, j'ai encore la tête pleine de fifres, de trompettes, de parades, de processions, de croix, de gens qui se donnent la discipline ; les uns montent, les autres descendent ; les uns s'évanouissent en voyant le sang qui couvre les autres. Mais moi, à dire vrai, c'est de ne pas manger que je m'évanouis. Car je me vois dans cette prison, où toutes les journées je lis dans le philosophe Nicomède, et toutes les nuits dans le concile de Nicée. Si l'on appelle saint celui qui se tait, dans le nouveau calendrier, j'ai pour moi saint Secret, car je jeûne en son honneur et je n'y
CALDERÓN. T. II. 5
manque jamais. Cependant, j'ai bien mérité le châtiment que j'éprouve, car je me suis tu étant valet, c'est le plus grand des crimes.