‹ Théâtre choisi de Calderon;Chapitre 131 sur 165 · SCÈNE XXII · texte numérisé non relu

SCÈNE XXII

SIGISMOND

SIGISMOND

Il dit vrai, réprimons donc ce caractère féroce, cette fureur, cet emportement, si je viens à rêver une autre fois. Oui, je le ferai ; car je suis dans un monde si extraordinaire, que vivre seulement, c'est rêver. L'expérience m'enseigne que l'homme qui vit rêve ce qu'il est jusqu'à ce qu'il s'éveille. Le roi rêve qu'il est roi, et il vit avec cette illusion, commandant, ordonnant et gouvernant ; et cet applaudissement d'emprunt qu'il reçoit, la mort vient l'écrire en l'air et le changer en cendre ; terrible disgrâce ! Qui estce qui voudra régner, quand il voit qu'il devra s'éveiiler dans le sommeil de la mort ? Le riche rêve au ¡milieu de ses richesses qui lui causent tant de soucis ;

le pauvre rêve qu'il souffre de la misère, de la pauvreté. 11 rêve celui qui cherche à s'élever ; celui qui se tourmente et fait des efforts ; celui qui outrage et offense. Enfin dans le monde, pour conclure, tous rêvent ce qu'ils sont, sans que personne ne s'en doute. Moi, je rêve que je suis ici chargé de ces chaînes, et je rêvais quand je me suis vu dans un état plus agréable. Qu'est-ce que la vie? un délire. Qu'est-ce que la vie ? une illusion, une ombre, une fiction. Le plus grand bien est peu de chose. Car toute la vie est un songe, et les songes eux-mêmes ne sont qu'un songe.

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