‹ Théâtre choisi de Calderon;Chapitre 58 sur 165 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

laure, célia, retuant sa mante.

CÉLIA.

Madame !

Qu'y a-t-il ?

LAURE

CELIA

Que j'ai joué mon rôle, et pas trop mal, je m'en flatte. Ainsi que votre beauté consente à vivre ! J'entrai chez lui et lui dis que j'allais faire une commission, et que, passant par hasard dans sa rue, j'avais voulu le voir, ne fût-ce qu'un instant. Alors avec un soupir qui aurait attendri le marbre et le bronze, il s'informa de vous, tout troublé et tout hors de lui. Alors je lui exagérai votre ressentiment, et lui dis que si par hasard vous saviez que je fusse allé le voir, vous me tueriez. Et comme une idée qui venait de moi, je lui demandai pourquoi il ne venait pas par moments vous donner des explications et vous apaiser ? Il me répondit, que vous étiez si irritée que vous ne vouliez pas l'écouter. Je lui dis de venir, que moi, à quelque risque que je m'expose, je le ferais entrer dans votre appartement, pourvu qu'il ne dit jamais que le l'avais amené. Il me jura le secret et approuva

la démarche. Il attend vis-à-vis de la porte que je lu1 donne le signal ; je vais le lui donner, puisque mon maître n'est pas à la maison. Voilà tout ce qui s'est passé. {Elle sort.)

LAURE

Appelle-le donc, puisque, malgré la jalousie qu'il me donne au sujet de Nise, je désire voir comment il se disculpera, tant je suis prête à oublier la faute. Car plus une femme se montre jalouse, irritée et même furieuse, plus alors elle désire des explications quoiqu'elle ne les croie pas. Le mal de la jalousie est si étrange, qu'il se laisse guérir même par le mensonge. Et quand je ne devrais pas être détrompée, j'obtiendrai au moins qu'il me parle.

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