SCÈNE X
LAURE
Que ferai-je? Accablée de chagrin, je vis malgré moi, et je vis cependant! Pourquoi, ô ciel? Il est trop aisé de le voir, c'est la jalousie ! Une rage ardente que le ressentiment excite, une colère aveugle qui étonne la raison, un poison qui remplit le cœur, une sombre fureur qui déchire l'âme ; quel serpent, quel monstre, quelle bête féroce, quel poison, quelle fureur produisent tous les tourments de cet hydre, qu'on nomme la jalousie ? Car pour celui qui les considère, c'est à la fois de la fureur, de la rage, du poison, une injure, de la colère ! Oh ! qui aurait pu prévoir auparavant ce caprice de ta part, ô Félix ? Il
n'aurait pas endolori mon âme, il aurait pu librement se satisfaire ; car je ne savais rien de l'amour, quand je vivais si libre, ô Dieu ! Cependant je n'ignorais pas que celui qui l'a été, finit tard ou jamais par ne plus l'être. Aime Nise, si tu veux, mais laisse-moi mourir...