SCÈNE XII
DON FÉLIX, CALLEBASSE, LISARD portant MARCELLE
dans ses aras, dans V obscurité.
LISARD.
Ne craignez rien, madame ; quoiqu'on frappe à cette porte, celui qui frappe est un homme sûr.
MARCELLE
Je vais avec vous, Lisard ; quand je serai arrivée chez vous, je n'ai plus à craindre, une fois que la maison me protège.
LISARD.
Venez, et ne vous inquiétez pas de celui qui m'accompagne.
MARCELLE
C'est Félix !
Oui.
MARCELLE
Mais prenez garde, Félix est...
LISARD.
Ne vous tourmentez pas ; ce n'est pas le moment de prendre des précautions. Félix ?
FÉLIX
Qui va là ?
Mon malheur.
LISARD,
FÉLIX
Qu'est-ce que cela veut dire ?
LISARD.
Qu'étant à parler avec cette dame, son père est venu de dehors. Il a frappé, et voyant qu'on tardait à lui ouvrir, il a enfoncé la porte, et mis l'épée à la main. Comme la lumière s'est éteinte, j'ai pu la délivrer, Emmenez-la ; je reste pour vous garder par derrière, afin que personne ne vous suive. Callebasse restera avec moi.
CALLEBASSE
Il n'y restera pas.
Il vaut mieux qu'il aille avec elle, et que nous restions nous deux.
I ISARD
Devons-nous la laisser ainsi seule ? Ce n'est pas raisonnable. Car la première obligation, dans le péril, est de songer à la dame. Ainsi, Félix, vous seul devez l'emmener et la mettre en lieu sûr.
FÉLIX
C'est juste. (à Marcelle) Eh bien! Laure, enfin vous êtes tombée en mon pouvoir?
MARCELLE
Ah, Dieu!
FÉLIX
J'en suis mort.
MARCELLE
Je suis toute hors de moi.
FÉLIX
Venez avec moi ; car quoique vous ne méritiez pas tant d'attentions, je suis ce que je suis et je dois vous sauver.
MARCELLE
Y a-t-il femme plus infortunée ?
FÉLIX
Y a-t-il homme plus malheureux ? (félix et Marcelle sortent).