‹ Théâtre choisi de Calderon;Chapitre 91 sur 165 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

LISARD, callebasse, FABio, LÉLio, avec de la lumière ;

valets avec des è'pées.

FABIO

Quoique les forces me manquent, il me reste celles de l'honneur pour tirer mille vengeances.

LISARD.

Arrêtez ; personne ne peut passer par ici.

FABIO

Mon épée se fera un passage à travers votre poi trine (ils se battent tous).

CALLEBASSE

Pauvre Callebasse,qui t'a chargé de faire le guet ?

LISARD.

Puisque Fabio s'éloigne, avant qu'on ne me reconnaisse, il vaut mieux tourner le dos; c'est du courage et non de la crainte (il s'en va).

FABIO

Attends, lâche, attends.

CALLEBASSE

Qui aurait cru que Lisard m'aurait abandonné dans l'occasion ?

LÉLIO

Il y en a un d'eux de resté.

Qu'il meure, Lélio ! Qu'attends-tu ?

CALLEBASSE

Arrêtez-vous, pour Dieu!

FABIO

Qui es-tu ?

CALLEBASSE

Si la crainte ne m'abuse pas, un curieux impertinent.

FABIO

Remets ton épée.

CALLEBASSE

L'épée, c'est peu de chose ; je remettrai le chapeau, la dague, le bouclier, le manteau, le pourpoint et les hauts-de-chausse.

FABIO

Es-tu le valet de celui qui déshonore cette maison?

CALLEBASSE

Oui, seigneur ; car c'est un déshonore-maisons qu'on ne peut souffrir.

Qui est-ce, comment s'appelle-t-il ?

CALLEBASSE

Il s'appelle Lisard ; c'est un militaire, camarade de Félix.

FABIO

Je ne veux pas commencer ma vengeance par le moins coupable ; je ne te donnerai pas la mort.

CALLEBASSE

Vous faites bien.

FABIO

Et puisqu'au milieu de mes infortunes je trouve une lumière, je vais trouver Félix. Oh ! maudite maison à deux portes, où l'honneur est si mal gardé ! {Ils s'en vont tous.)

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