SCÈNE IX SENNEVILLE, KETTLY
KETTLY.
C'est lui... ô mon Dieu! comme le cœur me bat!...
24 KETTLY.
SENNEVILLE
Ma foi, je ne sais pas trop où je suis... ; je voulais descendre à Tauberge oii je logeais il y a deux ans; i
mais depuis ce temps-là j'ai un peu oublié... Il me -1
semble cependant que c'est celle-là... ah ! cette jeune fille me dira
A Kellly.
AîtL : Ah l si madafne me voyait,
DcIIe enfant!... un mot, s'il vous plaît.
KETTLY,
A vous répondre je suis prête.
SBNNEVILLE, à part.
Dieu! quelle gentille fillette!...
Quel regard!...
KETTLY, à part.
...11 me reconnaît!...
J'en suis sûre, il me reconnaît 1...
SENNEVILLE, à part.
Mais, si jeune, hélas I tant do grâce, Tant de charmes et tant d'appas, Cachent encore un cœur de glace.
KETTLY, à part.
Ciel ! il ne me reconnaît pas I bis,
SENNEVILLE
Dites-moi, belle enfant ! pourriez-vous m'indiquer l'auberge d'une madame... Werner?...
KETTLY.
La voilà, monsieur?...
SENNEVILLE
Mille remercîments...
Il fait un mouvement pour entrer.
KETTLY.
C'est donc là, monsieur, tout ce que vous avez à me dire?
KETrLY. -25
SENNEVILLE, à part.
Âh! la question est délicieuse... (Haut.) Eb! mais, que voulez-vous que je vous dise?
KETTLY.
Je suisKettly!...
SENNEVIUiE.
Kettly! voilà un nom aussi joli que celle qui le porte... mais je ne me souviens pas!
KETTLY.
mon Dieu I... il ne s'est môme pas rappelé mon nom. (Haut.) Monsieur ?
SENNEVILLE
Eh bien?...
KETTLY.
Vous avez donc oublié cette petite fille qui vous conduisait quelquefois, il y a deux ans...
SENNEVILLE
Attendez donc... c'est vous!... j'y suis...
KETTLY.
Air : J'aime Henriette (d'une Heure de folie).
Quand vous étiez éloignô du village, Vous Bouvient-ll que souvent elle allait Vous retrouver sur le rocher sauvage, Pour vous montrer le chemin du chalet.
SENNEVILLE
Je m*en souviens, maintenant moins timide.
Sur ces sommets si je voulais errer, Je prendrais bien cncor le mémo guide.
Mais ce serait aQn de m'égarer. bis.
Comment, Mademoiselle! qui se serait jamais
imaginé?... J'avais laissé une enfant espiègle, et je
retrouve une beauté piquante.
26 KKTTLY.
KETTLY.
Comment aviez-vous donc fait pour m'oublier?
' SEÎOŒVILLE.
Vous étiez si jeune, et puis j'ai eu tant de chagrins!
KETTLY.
Des chagrins? et lesquels?
SENKEYILLE,
J'ai été trahi !
KETTLY.
Et par qui?
SENNEVILLB.
Belle demande I et par qui sommes-nous toujours trahis, nous autres?
KETTLY.
Un de vos amis, sans doute?
SENKEVILLE, à part.
Quelle candeur! (Haut.) Non... non, ma chère Kettly, c'est une femme !
KETTLY.
Une femme! vous l'aimiez peut-être?
SENNEVILLE
Je l'adorais. Le croiriez-vous, à la veille d'un mariage...
KETTLY.
Vous alliez l'épouser! vous ne seriez donc jamais revenu en Suisse?
SENNEVILLB.
Probablement!... Me trahir! M'abandonner! Vous êtes indignée, n'est-ce pas?
KETTLY.
Non.
KETTLY. 27
SENNE VILLE
Comment! non.
KETTLY.
Puisqu'elle a pu vous préférer quelqu'un, elle n'était digne ni de votre main, ni de vos regrets; et vous pourrez maintenant en choisir une autre, qui vous aimera mieux.
SENNEYILLE, à part.
Voilà une conséquence à laquelle je n'avais pas songé.
KETTLY.
Vous avez été blessé, à ce qu'on m'a dit?
SBNNEVILLE.
En effet, oui, un coup de feu; mais qui donc a pu déjà vous apprendre?
KETTLY.
Ohl je sais tout... Et vous ne souflFrez plus?
SBNNEVILLE.
Très-peu.
KETTLY, avec joie.
Ahl tant mieux I L'air de notre canton est trèsbon; en y restant... longtemps, vous vous rétablirez tout à fait.
SENNEVILLE, à part.
C'est incroyable, l'intérêt que me témoigne cette petite! C'est qu'elle est charmante!... Mais, je ne vois pas mon domestique.
KETTLY.
Vous n'avez peut-être pas déjeuné?... Si j'osais vous offrir!... Oh ! vous seriez bien bon d'accepter... Nous sommes pauvres ; mais si du pain et du laitage...
28 KETTLY.
SENIfEVILLE.
Comment, ma bonne Kettly?... Mais c'est délicieux.
KETTLY, à pari.
Sa bonne Kettly ! ah 1 que je suis heureuse !
Elle rentre précipitamment.