‹ Théatre choisi de F.-A. DuvertChapitre 9 sur 199 · SCÈNE VIII SENNEVILLE, seul · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII SENNEVILLE, seul

M'y voilà donc, dans cette Suisse, dont les sites pittoresques et les mœurs patriarcales m'avaient laissé de si doux souvenirs ! Quel vaste champ pour le moraliste... et pour le peintre de paysages, car je me flatte d'être en même temps l'un et l'autre... et pourquoi ne me fixerais-je pas ici? La France est un beau pays, sans doute, mais les femmes!... les femmes!... elles m'ont si indignement trompé! tandis qu'ici, du moins... oui, je crois que je m'y déciderai.

Air du rondeaa de la Pén^ape de la Cité (<de Pkotade).

Heureux habitants Des beaux vaftons de l'Helvétie,

Pa)fs enchanté, Séjour de la simplicité.

Au sein de voé champs.

Oui, je Tiens pour passer ma vie,

Loin des intrigants.

Des coquettes et des méchants.

Qu'an pauvre en pleurant ,

Aille implorant Pour sa misère, Loin de nos palais II est chassé par des valets.

L*homme des chalets, En lui voyant toujours un frère,

Ouvre avec bonté Le seuil de l'hospitalité.

Heureux habitants, etc.

Près d'être mari, Victime d*une perfidie,

KETTLY.

Un objet chéri En me caressant m*a trahi.

Mais, ce malheur- là, Assez commun dans ma patrie,

Il m'épargnera De Tautre côté du Jura.

Heureux habitants, etc.

Oui, c'est sans retour, Pour jamais, je quitte la France,

Pays où l'amour Parait et s^enfuit tour à tour!...

Sans craindre un détour, On peut juger sur Tapparence,

Dans rheureui séjour Où Lavater a ?u le jour.

Heureux habitants, etc.

Mais, je ne vois pas Henry... je Tai envoyé en avant pour faire préparer mon déjeuner, et je commence à sentir que ma précaution était bonne... Quand j'y pense... c'est voyager lestement, cent cinquante lieues en trois jours et à franc étrier : j'ai tué trois chevaux! N'ai-je pas eu raison? Pouvais-je fuir assez vite un monde où je n'ai rencontré que des ingrats? A la veille de m'unir à une femme que j'idolâtrais, j'apprends... heureusement, que je ne suis pas le seul...

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