SCÈNE PREMIÈRE
CUmVERNI, HÂRIONNETTE, ont* Vtm prit de Vautre.
MARIONNETTE
J'éprouve à vous revoir un plaisir iafiai ; Mais je veux être seule.
CUIRVERNI.
Ahl
3CARI0NNBTTE.
Partez, Cuirverai.
Gomment? depuis six mois que je ne vous ai vue Vous me mettez dehors comme un être qui pue ; Ou'aî-je donc après moi pour qu'on me chasse ainsi ? Je ne vois rien pourtant.
MARIONNETTE
J'attends quelqu'un ici, Puisqu'il faut vous le dire.
236 MARIONNETTE
GUIRVERNI.
Ah I la farce est très-bonne.
Je comprends.
MARIONNETTE
Vous sentez que si cette personne Vous trouvait...
GUIRVERNI.
Je comprends qu'on serait très-vexé.
MARIONNETTE
Oui, souvent par un tiers on est embarrassé.
GUIRVERNI.
Je comprends, je saisis très^^bien Tallégorie. Vous attendez quelqu'un ; un homme, je parie. Ah ! ce n'est pas à moi qui suis un fin matois Qu'on a besoin de dire une chose deux fois.
MARIONNETTE, à part.
Je croyais sur ma foi qu'il m'allait chercher noise.
GUIRVERNI.
Ainsi donc, mon amour, vous faites à Pontoise L'état que vous faisiez autrefois à Paris ?
Vous êtes...
Il lai parle à l'oreille.
MARIONNETTE
A peu près.
GUIRVERNI.
Parfaitejnent compris.
Eh bien! j'en suis rayi; c'est un état, ma reine. Que nos anciens auteurs n'avaient pas mis en scène. Je vois avec plaisir les immenses progrès Que, depuis l'an dernier, l'art dramatique a faits. Et pourquoi donc avoir quitté la capitale ?
MARIONNETTE
La concurrence était trop grande.
GUIRVERNI.
Ah I déloyale.
MARIONNETTE, 237
MARIONNETTE, étonnée.
Pourquoi m'appelez-vous ainsi ?
CUIRVERNI.
C'est pour rimer ; Puisque je parle en vers, pouvez-vous m'en blâmer ? De grâce, dites-moi, chère Marionnette, Quel diable de projet vous passa par la tête ? A Pontoise venir me chercher des rivaux !
Mais Pontoise jamais n'a produit que des veaux: C'est le fruit du pays, et pour toute merveille Les champs et les jardins sont infectés d'oseille. Ah I sur un pareil sol la vie est un fardeau : Que peut-on faire ici? sinon du fricandeau.
MARIONNETTE
Mais vous qui criez tant, que venez-vous donc faire A Pontoise ?
CUIRVERNI.
Qui ? moi ! je suis fonctionnaire.
MARIONNETTE
Quoi !... vous avez quitté?... vous n'êtes plus censeur?...
CUIRVERNI.
Je suis mouchard.
MARIONNETTE
Ah ! bah I
CUIRVERNI.
Ma parole d'honneur.
Et je viens pour remplir un mandat politique ; Je viens dans ce pays guetter la République ; Je crois que je la tiens, mais je n'en suis pas sûr... Hier, je vis un homme accroupi près d'un mur !... Hum I... mais pour la saisir, il faut bien de l'astuce. T'arriva-t-il parfois de chercher une puce ?
MARIONNETTE
Très-souvent.
338 MARIONNETTE
CUatTSMfl.
Quand dessus on eroit mettre le doigt, L'insecte malveillant saute en un autre endroit ; C'est justement le tour que fait la République. Depuis plus de six mois, de boutique en boutique. Et de cave en grenier, nous la suivons partout ; Quand on croit la tenir, on ne tient rien du tout ; Elle est toujours ailleurs.
MARIONNETTB^ à part.
Ah l quel tourment j'éprouve 1
Haut.
Mais Monsieur va venir; Cuîrverni, s'il vous trouve,. Je suis perdue.
CUIRVERNI.
Un mot !
MARIONNETTE, à part.
Dieu ! quel affreux bavard.
Haut.
Songez donc, Guirverni, qu'il est minuit un quart ; Vraiment, je crains pour vous quelque triste rencontre.
CUIRVERNI.
Vous avancez.
MARIONNETTE
• Du tout, voyez à votre montre.
CUIRVERNI.
Ma montre ! dès longtemps elle est en pension ; Ma montre I elle a fini son éducation Depuis qu'elle étudie.
MARIONNETTE^ à part.
Ah ! grand Dieu, quel supplice !
Il ne s'en ira pas! que le ciel le bénisse I
Haut.
Allons, jusqu'au plaisir, mon cher, de vous revoir.
CUIRVERNI.
Avant de m'évader je voudrais bien savoir Quel est mon successeur.
MARIONNETTE. 239
MAaiONNBTTE.
Eh I mais que vous importe ?
CUIRVBRNI.
Est-ce un grand ? un petit ?
MARIONNETTE
Que le diable t'emporte Avec tes questions! (Bout.) C'est un... un maigriot.
GUIRVBRNT.
Son nom I
MARIONNETTE
Je le connais sous le nom d'Idiot I
CUmVERNI.
Idiot I c'est un nom bien caractéristique.
MARIONNETTE
Et qui lui convient, tant au moral qu'au physique.
Vous aime-t-il ?
MARIONNETTE
S'il m'aime? il pousse des hélas I Il pousse dés soupirs à faire fuir les chats ; I] se met à genoux quand son ardeur l'emporte.
CUIRVERNI.
Eh I mais, c'est un Colin, c'est un dessus de porte. Un trumeau.
MARIONNETTE, baissant les yeux.
Devant vous je puis parler sans fard, Il me croit... bien novice.
CUIRVERNI.
Oh! l'excellent jobard!
Il est donc bien prouvé que toujours dans ce monde La graine de niais sera la plus féconde.
l^RIONNETTE.
Mais il peut arriver ; partez.
CUIRVERNI.
Je vais filer.
240 MARIONNETTE
Âh parbleu ! j'oubliais : avant de m'en aller n faut que je vous fasse un cadeau fort aimablej
MARIONNETTE
Un cadeau I qu'est-ce donc ?
Ce volume impayable (Car il n'est pas payé) fut par moi déniché Dans un recoin obscur de feu l'archevêché ; De sa riche enveloppe admirez les nervures ; Il est doré sur tranche, enrichi de gravures.
MARIONNETTE
C'est un Missel ?
CUIRVERNI. • •
Du tout, c'est un ouvrage en vers, Et qui, comme l'on dit, n'est pas piqué des vers; 11 a fait dans son temps, dit-on, un bruit énorme.
MARIONNETTE
C'est-à-dire un gros bruit ; il faut que je m'informe
Si l'on peut, tant ici ce mot me paraît neuf,
Dire énorme d'un bruit comme on dirait d'un bœuf.
CUIRVERNI, le lai montrant.
Vous aurez à le lire une joie infinie ; C'est joli ! par V auteur de la Métromanie.
MARIONNETTE
Minuit et demi.
CUIRVERNI.
Bien !... c'est fini... je m'en vais.
MARIONNETTE, à part.
Il va partir, c'est bon 1
C'est bon?... non I... c'est mauvais.
11 sort.
MARIONNETTE. 24