SCÈNE Y
LES MÊMES, IDIOT, marchant le» bran croisés^ RABÀTJOIE.
IDIOT, d'une voix sourde.
Je voudrais me bûcher.
CUIRVERNI.
Que dit-il donc tout bas?
IDIOT, de même.
Je voudrais me bûcher.
l'inutile, à Bouchetrou.
Comment?
BOUCHETROU.
Je n'entends pas.
IDIOT
Je voudrais me bûcher... me battre avec furie... Comme un ours échappé de la ménagerie.
BOUCHETROU, à part*
Sans doute il ne sait pas l'arrêt du Sous-Préfet.
IDIOT, à part.
Quel singulier effet ce Cuirverni m'a faitl
Il a du coin de l'œil regardé ma maîtresse ;
Je ne sais pas s'il louche, ou si c'est par tendresse ;
Mais je veux, puisqu'enfin je m'en suis aperçu,
Lui donner une pile à le rendre bossu.
m MARIONNETTE.
BOUCHETROIT.
Écoute, Cuirverni.
IDIOT, se retournant.
Grand Dieu ! c'est lui qu'on nomme !
Àh! quel événement! oui, c'est lui, c'est mon homme, pites-moi, Cuirverni... me remettez-vous?
Non...
IDIOT, à part.
Ah, çà I mais il est donc plus bête qu'un ânon ! Comment? lorsque tous deux, pendant la nuit dernière, Nous causâmes ensemble au moins une heure entière...
A Cuirverni.
Vous êtes donc myope?
CUIRVERNI.
Il parait.
IDIOT
Çà, mon cher.
C'est la seconde fois, je crois, depuis hier?
CUIRVERNI.
Oui. .
IDIOT
Pour légitimer d'un coup ces deux articles.
Que vous coûterait- il de mettre des besicles?
CUIRVERNI.
Ça coûterait neuf francs.
IDIOT, à part.
Je voudrais l'éreinter, Et je ne sais comment le lui manifester.
CUIRVERNI.
Ami, puisqu'on bqns yeux vous êtes le plus riche, Vous allez à l'instant me lire cette affiche.
IDIOT, à part.
Ohl l'excellent prétexte à pouvoir me fâcher!
' - CUIRVERNI.
Allons, lis-moi l'affiche.
MARIONNETTE. 267
lÔIOT.
Allez donc vous coucher..^ Me prenez-vous ici pour votre domestique ?
Insolent!... malotru I... ganache romantique!...
CUIRVERNI, d'un ton impérieux.
Veux-tu lire Taffiche?... et bien vite, en deux temps...
IDIOT, en colère.
J'aimerais mieux gratter la terre avec mes dents, Que de me conformer aux ordres d*un tel drôle ; Je veux...
11 iDarche çà et là d'un air inquiet.
CUIRVERNI.
Que cherchez-vous?
IDIOT, marchant toujours.
Mais je cherche une gaule.
Criant.
Un bâton!... un bâton!.. .
RABATIOIE.
Ami, prenez le mien.
C'est un manche de fouet, mais il tape très-bien ; Je m'en sers fort souvent.
IDIOT, le prenant.
• C'«st le ciel qui l'envoie.
Merci, mon cher... quel est votre nom?
RABATJOIE, d'une toIx sépulcrale.
Rabatjoie !
IDIOT
Mille remercfments de votre attention...
Je ne sais pas quelle est votre profession ; Vous avez une voix propre à chanter ténèbres.
RABATJOIE.
Je suis jeune premier dans les pompes funèbres.
Il Ta s'asseoir.
IDIOT, à part.
Emploi très-peu connu... (Haut.) Maintenant, Cuirverni,
268 MARIONNETTE
En mesure I à nous deux, comme chez Franconî.
L'orchestre exécute un air de marche très-^latant, pendant lequel Idiot et Cuirverni se battent au Mton.
CUIRVERNI.
Dites donc, dites donc... tous tirez à la tète.
IDIOT
Parbleu, ne croit-il pas que je suis assez bête ; J*irais, quand j'ai dessein de le mettre à quia, Lui chatouiller les pieds ou bien le tibia I
Il lui donne des coups redoublés.
Tiens, manant; tiens, butor; tiens, voilà ton affaire I
CUIRVERNI.
Je suis cuit.
Il tombe.