SCÈNE II ANGÉUQUE, Madame BOISSEAU
ANGÉLIQUE, aecourast et venant de la ehambre à gaucbe.
Maman !
MAT^AMTg BOISSEAU.
Eh bien ! ma fille, t'es-tu occupée de tout préparer ? As-tu disposé ta toilette ?
Oui, ma petite maman, mais pn n'a pas encore apporté mon costume de hussard ; pourvu qu'il m'aille bien I mais il m'ira bien, j'en suis sûre.
l Air da TaudeTiUe de Parité et Revanche.
Poar faire un parfait militaire N'ai-Je donc pas tout ce qu^il faut?
J^aurai l'air dur, sombre et sévère, L'œil terrible et le verbe haut {ùis).
Jurant et lançant le blasphème,
Le sabre en main, oui, Je veux tout oser;
Mais j^ai bien peur de partager moi-même La terreur que Je vais causer {bis).
Hais tu ne sais pas ce qui me contrarie beaucoup? c'est que mon père ait invité toute la famille Bernard à notre représentation ; il était convenu qu'il n'y aurait que mes camarades de pension, quelques voisines, mais pas un homme, excepté mon père.
KADAHE BOISSEAU, à part.
Encore, de ce côté, il fait tout au plus exception.
ANGÉLIQUE
Et voilà que je Vais me trouver devant tous les Bernard!... En vérité, si ce n'était pas aujourd'hui la Saint-Médard, la fête de mon père, je crois que je renoncerais à la partie.
MADAME BOISSEAU, avec mystère.
Ton père a eu ses intentions pour inviter les Bernard ; il a des projets.
Quels projets?
MADAME BOISSEAU
Il médite un mariage entre toi et M. Célestin Bernard, rainé des fils; tu sais? le commis-voyageur.
ANGIÊLIQUE, vivement.
Comment? mais je ne peux pas le sentir.
MADAME BOISSEAU
Je le sais bien, puisque tu en aimes uh autre.
AKGIÉLIQUE, étonnée.
Un autre ?
MADAME BOISSEAU
Eh oui ! crois-tu que je ne m'en sois pas aperçue; mais, va ! sois tranquille, je ne contraindrai pas ton inclination ; ton père aura beau faire...
ANGÉLIQUE
Mais, maman, croyez-vous vraiment que...
MADAME BOISSEAU
Je te dis que tu aimes quelqu'un ; j'en suis sûre.
ANGÉLIQUE
Hais qui donc?
MADAME BOISSEAU
Cherche.
ANGELIQUE, après un moment de réflexion.
Est-ce que vous voulez dire ce petit clerc d'huissier à qui je n'ai jamais parlé ?
MADAME BOISSEAU
Quel clerc d'huissier ?
ANGÉLIQUE
Ce petit jeune homme d'en face, qui me suivait toujours quand je sortais avec ma bonne, et qui,
pour me forcer à le regarder, soufflait dans un harmonica.
MADAME BOISSEAU
Le joli moyen ! ... fi donc I ... un clerc d'huissier I . . . jolie perspective I
AlfTO^UQUE.
Aussi, je suis bien loin d'y songer.
MADAME BOISSEAtr.
Celui que tu aimes, Angélique... je le connais; ne cherche pas à dissimuler... d'ailleurs, c'est un homme bien conservé, un beau brun.
AlfGÉLIQTJE.
Un brun!... Ah! celui que je vois quelquefois chez ma tante, et qui vous a dit qu'on nous prendrait pour les- deux sœurs ?
MADAME BOISSEAU
Juste l M. Gifflard enfin...
MaiSy maman...
MADAME BOISSEAU
Oui, ma fille, c'est M. Gifflard que tu aimes. J'appirouve ton inclination. Et lui non plus n'a pas été insensible...
ANGÉLIQUE
Vraiment?
MADAME BOISSEAU
Il t'adore, il me l'a dit.... et quel mari!.... un marchand de chevaux, l'un des plus riches marchauds de chevaux de la Normandie; avec un mari comme ça une femme a bientôt voiture.
ANGÉLIQUE, avec joie.
Vous croyez ?... j'aurais voiture?....
MADAME BOISSEAU
Ah ! je savais bien que tu Taîmais, mais rassuretoi, lui aussi doit venir ce soir... Ainsi ton père aura beau pousser son Célestin Bernard... (D'unaîr d'autoiiié.) Contrarier Pinclination de mon enfant ! désunir deux cœurs si bien faits Tun pour l'autre I non, non, M. Boisseau!...
AJSrGÉLIQTJB.
Ah ! ce serait bien maK
MADAME BOISSEAU
AiB iAhfsi tnadame me voyait.
Ne crains rien I je veux te prouver
Que sur toi veille ma tendresse.
Non ! un époia de cette espèce
De chagrins viendrait t^abreuver !
De ce malheur je veux te préserver»
Si tu savais comme il est difficile De vivre heureuse et de chasser Pennul, Auprès d'un sot, d'un imbécile!
A part.
Dieul je e<Mnpro|ûets mon mari.
(Haut.) Grâce au ciel ! je ne le sais pas, moi... mais voyez I des larmes dans ses yeuxl... console-toi! va, tu épouseras M. Gifflard.
ANGÉLIQUE
Ah I maman, que vous êtes bonne !
MADAME BOISSEAU
Mais à propos de bonne.... et celle que madame Vergeois doit nous envoyer, qui n'arrive pas! et notre diner ! notre soirée!...
AïKiJe sauraiê Hm. le faire wtareher droit»
Un mariage, un spectacle, un repas 1 Pour le service, bélatl n*avoir personne!
Je dois ici me montrer mère et bonne;
Ah I sar ma foi, Je n*y suffirai paal
Ma chère enfant, sois tranquille, crois mol,
Ah t quel époux Je te destine 1 Pour ton bonheur Je veillerai sur toi,
Et toi veille sur la cuisine {bis).
Un mariage, etc.
ANGÉLIQUE
ENSEMBLE / ^^ mifriage, un spectacle, on repas I
Gela n*a rien, je crois, qui vous étonne ; SMl faut ici vous montrer mère et bonne, Ah I les moyens ne vous manqueront pas.
Angélique reste pensive.