‹ Théatre choisi de F.-A. DuvertChapitre 143 sur 199 · SCÈNE YIII · texte numérisé non relu

SCÈNE YIII

BOUGINIER, seul, marchant à grands pas.

En voilà une, de venette, que j*ai eue, quand il m'a tapé sur la joue! Heureusement ma barbe est de ce matin. Enfin m'y voilà donc, je suis dans le camp... pennemil D'abord, cachons ceci! (u tire de » poche m

cuir i rasoirs et le met daps la malle), Car si OU le trOUVait, ça

donnerait bien à penser, (n dénoue le sac de nuit; et en tire snceessiTementune casquette et des bottes quMl met dans la malle, dont il retire

la clef.) Est-ce heureux qu'en sortant d'ici c§ matin, j'aie rencontré cette bonne Perpétue, c'est-à-dire, non, cette bonne Marguerite, l'ancienne domestique de ma tante Vergeois? Où êtes-vous, maintenant? que je lui dis. — Mais, qu'elle me répond, je devais entrer aujourd'hui même chez M. Boisseau, et voilà la lettre de votre tante pour me recommander, mais j'y vais pour leur dire de ne pas compter sur moi, vu que j*ai une autre place à occuper dans le quartier... de la Maternité; une affaire importante dont il faut que je me débarrasse avant d'entrer en maison. Alors, moi, de joie, je saute et je jette un cri. (u saute et jetic un cri.) Âh ! Marguerite ne savait pas ce que ça voulait dire; bref, je prends la lettre, j'embrasse Marguerite, je lui dis que je me charge de tout, et me voilà ! Voilà qui est téméraire à moi, à moi qui ne sais pas un mot de cuisine, d'avoir entrepris une chose aussi étonnante.

AiVide Caleb.

Tu ne sais pas, Angélique divine, Quel procédé te rapproche de moi !

Tu ne sais pas que là, dans ta cuisine, Est un amant hydrophobe de toi !

Tu ne vois pas, bêlas I dani Marguerite Un clerc obscur, domestique amoureux !

Tu ne sais pas qu'un cœur d'homme palpite Sous cette robe et sous ces gros bas bleus.

Eh bien ! et les œufs à la neige, j*allais les oublier!

(Il prend la malle et le tac de noit, et les place dans le fond de la cuiiîiie,

hors de vue.) Le diable m'emporte si je sais comment m'y prendre! je crois que je n*en ai jamais vu; d'abord, il faut casser les œufs, je présume, (ii casse des

œafs dans une casserole.) Voilà I et puis aprës CCla, elle Ol'a dit qu'il fallait battre. . . (a bat les œufs ayee une fourchette.) Mais

quand je battrais jusqu'à demain matin, ça ne sera toujours que des œufs. Mettons-y du beurre; le beurre est l'ami intime de l'œuf (ii met do beurre dans la

casserole); qu'cst-Ce que c'CSt que ça ? (il (ire UDC assiette de

dessus la planche) c'cst du lard ! tlcns ! mais ça peut être

très-bon. (ametdu larddans la casserole.) Qu'est-CC que C*eSt que cette bouteille? (Il prend une bouteille qui est sur la planche et

la porte à son nez.) Ah ! qucl baumc 1 c'cst de la fleur d'orange! je crois qu'un filet de fleur d'orange est

fort agréable (il yerse à grands flots une énorme quantité de fleur

dVange dans la casserole) ; maintenant, laissous mijotcr mes œufs à la neige, et couvrons tout ça de sucre râpé. Sont-ils gastronomes dans cette maison-ci! (ii prend le

sucrier qui est sur la planche et jette du sucre dans une casserole, sans re*

garder.) Oh ! ôui, ils pcuvcut dire : nous sommes gastronomes. Ah ! mon Dieu ! ah ! mon Dieu ! qu'est-ce que j'ai fait? je me suis trompé de casserole, j'ai sucré la gibelotte, je suis un malheureux, je sens une sueur froide qui me parcourt généralement. Enfin! et les épinardsl où a-t-elle mis sesépices?

c'est sans doute ça ?(U prend un petit paquet qa'n ouvre) OUÎ,

une poudre jaune, c'est ça, il y a une étiquette ! (mit : ) Jalap! Jalap? Je ne connais pas cette épice-là

(il jette tout le jalap dans les ôpinards); Hiais OH est sl gOUrmand

aujourd'hui; on invente un tas de choses!... allons! couvrons tout ça et ne nous en occupons plus !

Il couvre les casseroles tandis que Boisseau entre à bas bruit

par la gauche.

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