SCÈNE VIII
COMILVA, HARNALI.
COMILVA, offrant la baguette à Hamali.
Il faut tous les deux nous peigner d'importance.
94 HARiNALÏ.
HARNALI.
Je ne me battrai pas; car jamais je ne veux Combattre un ennemi qui n'a pas de cheveux, Une tête à perruque! il faut que je le dise...
COMILVA, à part.
Quoique le mot soit dur, il n'est pas sans franchise.
Hant.
Ahl ça, moucher ami, dans cette occasion Tu t'es, je crois, trompé sur mon intention.
Si de ce cabinet j'ai défendu l'entrée.
C'était pour te donner moi-même une raclée.
HARNALI.
Vous en avez le droit; mais, pour un seul moment, Montrez-moi Quasi fol pour dernier agrément.
COMILVA.
Cela ne se peut pas : elle est à l'instant môme Partie avec Chariot.
HARNALI, criant de toates ses forces.
Vieux cornichon! il l'aime!
COMILVA.
Grand Dieu ! je suis dedans !
Ah! quadruple jobard!
Courons vite après eux... peut-être il est trop tard! Unissons, unissons notre commune offense.
Et tombons tous les deux sur Chariot !
COMILVA.
Oui, vengeance !
Je veux de tout son sang laver un trait si noir, Je le dois ; mais pourtant, comme il faut tout prévoir, Je crains, en te lâchant, de faire une cacade... Car si j'allais mourir, ou bien tomber malade. Qui donc te donnerait ta roulée?
HARNALI.
En effet!
HAaNÂLI. 95
Voyons... cherchons ! je puis vous signer un billet
Par lequel je m'engage à recevoir ma danse...
Vous garderez le bon... Quand viendra Téchéance,
Vous vous présenterez... j*ôterai mon habit;
Quand vous m'aurez schiagué, vous mettrez : Pmr acquit.
Chacun sera content... Acceptez-vous la chose?
COMILVA.
Je trouve très-joli le moyen qu'il propose I
Mais, un instant I Je cfois... oui, oui, j'ai trouvé mieux.
Un moyen bien plus sûr et plus ingénieux.
Lorsque de t'éreinter l'heure sera venue,
Tu promets d'obéir?
La chose est convenue.
COMILVA.
Me promets-tu d'avoir, quand viendra le moment, Une affreuse colique à mon commandement?
HÂRNALI.
Gomment ferai-je donc pour avoir la colique Si je n*ai rien mangé?
COMILVA.
Tu prendras l'émétique.
HARNALI.
Ahl bravo!
COMILVA, d'un air content.
N'est-ce pas?
HARNALI.
Ah I bravo I ce moyen Est plus ingénieux... il enfonce le mien.
Alors, quand vous voudrez... il faudra me le dire, ' Et je serai tout prêt.
COMILVA.
Gela ne peut suffire.
Si je suis loin de toi, si je ne puis te voir.
96 HARNALÏ.
Il me faut ua moyen de te faire savoir Ma volonté.
HARNALI lui donne uu petit cor de chasse d'enfant, qu'il porte depuis
le commencement de la pièce.
Tenez, prenez ce cor de chasse...
C'est un moyen peut-être un tant soit peu cocasse, Ridicule, bouffon... n'importe I Vous jouerez Le premier air venu, celui'que vous voudrez... J'avale au premier son de votre ritournelle, Je vous fais éteignoir et je me fais chandelle. Êtes-vous satisfait?
COMILVA.
Oui, tout est convenu.
Dès que je sonnerai...
HARNALI.
Crac! ni vu, ni connu!
Allons! allons sauver la belle que j'adore!
COMILVA.
Conservons sa vertu.
HARNALI.
S'il en est temps encore.
COMILVA.
Pour sauver avec joie un ennemi mortel.
J'ai livré ma future.
HARNALI.
Ah ! c'est trop naturel !
COMILVA.
Je suis pourtant, mon cher, un vieillard homérique.
Alors, du temps d'Homère on était bien comique.
L'orchestre joue l'air : Plus on est delfous^ plus on rit. FIN DU TRIOSIÈME TABLEAU.