‹ Théatre choisi de F.-A. DuvertChapitre 61 sur 199 · SCÈNE VIII JULES, MONTIVON · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII JULES, MONTIVON

MONTIVON.

Ah I vous vous appelez Dunand?

JULES

Non, Monsieur, pas Dunand, Durand.

MONTIVON.

J'ai connu autrefois un nommé Dunand, c'était peut-être votre cousin?

JULES

J'ai l'honneur de vous dire que mon nom est Durand. (Appuyant.) Duraud.

MONTIVON.

J'entends bien! D'où étes-vous?

JULES

Ma famille a toujours habité Paris.

MONTrV.ON.

Ah bien ! ça ne peut pas être cela. Les Dunand que j'ai connus étaient de Rayonne! M. votre père a-t-il beaucoup d'enfants?

JULES

Je suis fils unique.

MONTIVOK,

C'est singulier! les Dunand étaient trois frères... dont une demoiselle.

JULEB, à part.

Il parait qu'il y tient 1 laissons-le aller.

MONTITOK.

Mon cher Dunand, je n'en rends pas moins grâce au ciel du hasard heureux qui m'a fait faire votre connaissance, quoique dans le premier instant nous ne fussions pas placés fort agréablement pour causer, vous qui étiez... et moi qui étais...

Il imite le geste d*un homme qui est foulé aux pieds d'un cheyal.

JULES

Je serais enchanté, monsieur, de réparer le tort involontaire que j'ai eu envers vous.

MONTIVON.

Allons donc! pourquoi donc ça? Du tout, du tout... parbleu I

JTJLES.

Mais je me vois forcé de m'éloigner... Il le faut.

MONTIVON.

Vous en aller?... Non, parbleu ! Eh bien I il serait joli, celui-là ! quand le papa vous a nommé pour remplir les augustes fonctions... Allons donc !

JULES

Je vous assure. Monsieur, que personne n'est moins capable que moi%..

MONTIVON.

Air : Ami /jamais Vckagrin n*m' approche {de VrérnWe et Taoo&net).

Je ne Tois pas ce qui vous embarrasse.

C'est un tribut leré sur l'amitié ;

Garçon d^honneur!.,. c'est la plus belle place, • Après celle da marié...

Faut-il par moi que voua soyez prié?

Eh bien ! mon cher, c'est moi, moi qui vous somme

D'être ici mon garçon d'honneur.

Me refuser, ce serait une horreur t

JULES, à part.

d43sUnêe ! il faut que le pauvre homme, Décidément^ ait Tinstinct du malheur!

Monsieur, je vous assure. . .

MONTIVON.

Il n'y a pas de : je vous .assure. Vous resterez... Comment 1 après m'avoir presque assassiné au physique, vous voulez maintenant m'assassiner au moral. Il n'y a que vous qui puissiez lui faire entendre raison.

JX7LES.

A qui. Monsieur?

A mademoiselle Cléraançot. Vous n'avez pas entendu? Elle veut^ ajourner notre mariage à un mois... Un moisi 11.... Savez- vous combien il peut m'arriver d'accidents en un mois?... (u réfléchit ur

instant.) SoixaUtC-SCpt.

JULES

Quel singulier calcul î (a part.) Il y a de la folie dans son fait.

MONTIVON.

Cela peut aller là! Je me connais si bien!... Si vous saviez, mon cher Dunand, comme je me connais !... Parole d'honneur, je suis comme les paratonnerres, j'attire la foudre.

i48 HEUR ET MALHEUR.

Ain : L'Établi! mon ami (de Miller).

Aa sort pas moyen d'échapper!

Fussiez-vous à Troye en Champagne, Fussiez- vous à Brest en Bretagne, Quand le diable veut vous happer.

Il saura, le coquin, il saura vous happer, Pas moyen, pas moyen d'échapper.

Aux environs de Bagnolet, J'avais une maison charmante ; Le Jour où j'en signais la vente, Mon ami 1 la maison brûlait !

J'avais eu soin d'avance

De la faire assurer.

Oui... mais mon assurance...

JULES

Quoi?

MONTIVON.

Venait d'expirer.

Et les scélérats de voisins, mon cher Monsieur Dunand!... ils m'ont chipé toute la braise... Je n'en ai pas retiré trois fois plein votre chapeau... quand je vous le dis :

Reprise de l'air»

Au sort pas moyen d'échapper, etc.

Ma femme était brune de peau Et foitel !... A cela je me borne :

Représentez-vous une borne Sur laquelle on met un chapeau.

Quoiqu'elle fût affreuse

Gomme les sept péchés,

Eh bien I la malheureuse

M'a fait... allez!... cherchez!...

Petite scélérate, va !

Reprise de l'air.

Au sort pas moyen d'échapper, etc.

Ainsi je compte sur vous pour déterminer mademoiselle Clémançot à nous marier sans retard, mais sans retard, (a demi-Yoix.) Je suis horriblement pressé.

JULES

Monsieur I... vous me chargez là d'une mission...

Vous la remplirez dignement... Oui, oui, vous êtes fort bien dans la maison... Soyez mon appui, mon avocat; pour un rien je me jetterais à vos genoux... Parole d'honneur, je m'y jetterais, si je ne craignais pas de paraître ridicule.

Il remonte la icène pour s'assurer qu'il ne peut pas être yu, puis il rerient près de Jules et s*efrorce de se jeter à genoux, en disant : hein ? Kein ? comme pour le consulter. Jules s'y Oppose. ..

JULES

Y pensez-vous? Vous n'avez pas besoin de cela... Je tâcherai, mon cher monsieur Montivon...

MONTIVON, avec effusion.

Appelez-moi votre ami... Qu'est-ce que ça vous fait, mon cher Dunand?

JULES, à part.

Il me fait de la peine ! (Haut.) Mon ami ! comptez sur moi.

MONTIVON.

C'est ça. (D'un air solennel.) Dunaud ! je compte sur vous.

Air : Dans ce castel, dame de haut lignage.

Déployez bien toute votre éloquence, Pour hâter notre heureux hymen.

Je mets en vous toute ma confiance ; Mais que, surtout, la noce ait lieu demain.

Demain, sans faute... il le faut, J'y persiste. C'est important, car si je réussis.

C'est que le diable, ayant perdu la piste, N*a pas encor découvert où Je suis...

Page 1