SCÈNE XIX
LES MÊMES , ROUSSEAU, vne pipe à la bouche.
ROUSSEAU
Salut, tout le monde, la compagnie! C'est-il vous qu'est monsieur et madame Hamelin ?
HAMELIN
C'est nous-mêmes, mon cher.
MADAME HAMELIN
11 ne manquait plus que celui-là... Dieu! quelle infection !
ROUSSEAU
Pardon, excuse, monsieur et madame Hamelin! si je venons comme ça ; c'est au sujet d'un quelqu'un que vous connaissez..., M. Adolphe Coquerel.
HAMEUN.
Vous êtes son parent?
ROUSSEAU
Non, je suis son cousin par les femmes, comme on dit, c'est le mauvais côté ! (n rit.) Ma femme est une Coquerel, et jVas vous dire, comme jVous disais, je suis marchand de bestiaux à Saint-Leu-Taverny... Alors, parce que c'est demain jour du marché à Pontoise, comme mon cousin, parce que ma femme (qui est une Coquerel) m'a dit, dit-elle, faut aller voir le cousin, parce que c'est juste; quand on entre dans une famille comme monsieur et madame Hamelin, on a de la politesse ; c'est pas des goujats.
. . HAMEUN.
Merci de l'opinion favorable...
ROUSSEAU
Je le dis, moi...; ça ne serait pas ça, que je vous le dirais tout de même : quand on est parent, faut pas se gêner... Vous viendreriez cheu nous, une supposition, vous viendreriez cheu nous, n'est-ce pas? ah 1 mon Dieu ! c'est la bonne amitié, quoi ! ma femme est une Coquerel, et tout est dit.
HAMELIN
Sans doute, sans doute, je suis persuadé que nous serions très bien reçus chez vous.
MADAME HAMELIN, bas à son mari.
Ah î monsieur Hamelin, je ne puis supporter l'odeur infecte du tabac de cet homme.
elle porte ioa mouchoir à sa bouche^ et s'agite sur sa chaise. ROUSSEAU, à Hamelin.
Quoi qu'air a ? quoi qu'ail' a, marne Hamelin ? Est-ce que... aile tombe d'un mal ?
HAMELIN, avec hésitation.
Non; c'est que... ce sont les nerfs qui la tourmentent.
ROUSSEAU
Les narfs^ vous voulez dire? ah bien! faut lui frotter le dos avec une couenne de lard. Vous prenez une bonne couenne de lard, et puis la tête de votre femme de l'autre, et puis vous frottez... farme, farme, du depuis le chignon du cou tout le long de réchine du dos. Ah ! ça la cuira, air criera, air jurera comme un charretier, aile pourra peut-être bien loucher, il y en a qui louchent... Vous n'y faites pas attention, vous frottez toujours... tant pus que c'est pour son bien être... et v'ia tout... c'est souverain pour les narfs,
MADAME HAMELIN, à part.
Quelle infamie de remèd.e !
ROUSSEAU
Air remue encore... ail' aqueuque chose.
HAMËLIN, à Rousseau.
Franchement, je crois qu'elle va quitterla place,^ Voyez-vous, elle n'a pas l'habitude de sentir l'odeur...
ROUSSEAU
Ma cousine !... faut pas que je vous retienne : y a des gens qui n'aiment pas ça... mais tout de même ça corrige la mauvaise air. Monsieur etmameHamelin, puisque nous allons t'être parents, j'vous demanderai la permission de faire entrer ici quatre bœufs et quinze moutons... que je ramène à Saint-Leu-Taverny, maisjaprès le mariage de mon cousin...
MADAME HAMELIN, se levant tout à coup.
Quatre bœufs et quinze moutons? mais où voulezvous donc que nous les logions ?
KOUSSEAIJ.
Dame... nous voirons ça, ma cousine,... et puis, sans façon, je vous demanderai un verre de vin.
HAMEUN.
Pour ça, volontiers ; (a part.) il faut à tout prix nous débarrasser de lui.
Il sonne.