LES MÊMES, JEANNETON
JEANNETON
Monsieur a sonné ?
HAMELIN
Apporte une bouteille de vin.
ROUSSEAU
Je vous demanderai un morceau de pain et une bouchée de fromage avec...
MADAME HAMEUN.
Mais, Monsieur... (a part.) Il est sans façons.
ROUSSEAU, s'aceoudant sur la table.
Monsieur et madame Hamelin, y a-t-il longtemps que vous habitez Armanonville.
HAMELIN
Il y a quinze ans à peu près ; car lorsque je faisais le commerce de grains j'habitais Paris.
ROUSSEAU
Là OÙ?
HAHELIK.
Comment dites-vous !
EOUSSEAU.
Là OÙ?
HAJlBLiN.
Ah ! près de la Halle aux blés.
Jeanneton apporte une bouteille, deox Terres, du pain et du fromage ; tandis qu'elle les place sur la tabU» Rousseau la regarde d'un air satisfait.
ROUSSEAU, àHamelin.
Vous avez une servante qui est diablement belle
femme I aile est belle femme ! (Il lutine Jeanneion qui rit aux éclats ; madame Hamelia paraît scandalisée, Jeanneton sort.) ÂIl ! VOUS
demeuriez du côté de la Halle aux blés ?... Avezvous connu la mère Michel ?
HAMEUN.
Est-ce la mère Michel qui a perdu... ? non, je me trompe, c'est Pichel qu'on la nomme.
ROUSSEAU
La mère Michel qui fait de la friture.
HAMELIN
Non ! je ne connus jamais personne du nom de Michel.
ROUSSEAU
Avez-vous connu le père Michel ?
HAMELIN
Pas davantage ! puisque je vous dis que je ne ne connus personne de ce nom-là.
ROUSSEAU
Qui tondait les chiens ?
HAMELIN
Combien de fois faut-il vous répéter.
EOUSSEAU.
Vous n'avez pas connu son cousin ?
HAMELEST.
Je vous dis que non.
EOUSSEAU.
C'est comme vous voudrez : (sc servant à boire.) A votre santé, monsieur et madame Hamelin !... II est gentil tout de même votre petit vin..., il se laisse boire, («jette
le reste de son verre de vin et éclabousse Hamelin qui se retire.) ËSt-CC (|Ue
vous n'allez pas trinquer avec moi, mon cousin?
HAMELIN
Merci ! j'ai pris mon café au lait.
EOUSSEAU, buvant.
Ah ! le café au lait, je dis à ça, c'est bon poui régaler les chats et les chiens ; alors c'est la cousine qui me tiendra compagnie.
Il remplit un verre de vin et l'offre à madame Hamelin. BAMELIK, à part.
Il offre un verre de vin à ma femme !
MADAME HAMELIK, se reculant.
Ah ! l'horreur ! Monsieur, je ne bois jamais entre mes repas.
EOUSSEAU, se levant.
Excusez... eh bien! sij'vous ai manqué, madame Hamelin, il faut que je vous demande la permission de vous embrasser.
MADAME HAMELIN, jetant un cri, et passant de l'autre cMé de la Bcène.
Quelle horreur !
HAMELIN
MaiSy Monsieur...
BOIJSSEAU, courant après madame Hamelio, tandis que Hamelinlerctieut
par le pan de sa redingote.
Si, je SUIS sûr que marne Hamelin m'en veut.
HADAME HAMELIN, s'éloignant.
Non, non ! je vous pardonne, mais retirez-vous.
BOUSSEAU, Toulant toujours l'embrasser.
Mame Hamelin, c'est le cœur, c'est la bonne amitié.
MADAME HAMELIN
Ah ! vous infectez !
ROUSSEAU
Du tout ! je vous jure que non.
HAMELIN
Elle veut dire que vous exhalez une odeur de tabac...
ROUSSEAU
C'est le gouvernement.
HAMELIN
Comment ? c'est le gouvernement !
ROUSSEAU
C'est sa faute ! faut vous en prendre au gouvernement qui vend du tabac que les bestiaux ne voudraient pas le fumer...
HAMELIN
Mon cher Rousseau ! pour l'amour de Dieu ! entrez dans ce cabinet, il y a déjà des gens de votre connaissance.
ROUSSEAU
Monsieur et mame Hamelin, j'veux ben; mais pour ce qui est de l'odeur, c'est le gouvernement, il est fautif.
HAMELIN
Entrez, entrez là-dedans.
ROUSSEAU
J'vas vous demander la permission de charger ma pipe.
Il tire de sa poche un sac à tabac et charge sa pipe en chantant le couplet suiTant à gorge déployée.
Pierrot ta ne yeux pas m'aimer...
HAMELIN
Le voilà qui chante, à présent !
ROUSSEAU
Et tu fuis dans la plaine.
Je ne peux pas m'accoutumer
A rester dans la peine.
Tout en pleurant, je garde mes agneaux, Pour toi, Pierrot, que j'endure de maux ! bis.
Pour toi. Pierrot, que j'endure.
Il ouTrc la porte du cabinet en la poussant du bout de son bâton et
entre dans le cabinet.