SCÈNE XXIII HAMEHN , Madame HAMELIN, Madame PITOU
MADAME PITOU
Votre servante, tout le monde; c'est moi qui viens ici pour le mariage de mon petit Dodo Coquerel, qui est mon nourrisson... Monsieur et Madame se portent bien? J'ai pris les petites voitures de la porte Saint-Denis, qui, par parenthèse, m'ont joliment secouée. Comme j'ai dit à mon Dodolphe, quand il est venu me faire part de son mariage, j'y ai dit : Coquerel, le mariage n'est pas une pçtite affaire; je l'ai t'été quatre fois mariée moi, telle que vous me voyez ; j'ai fait trois mariages d'amour et un mariage de raison... Pardon, monsieur Hamelin, prenez- vous du tabac?
MADAME HAMELIN
Quelle familiarité !
HAMELIN, lui présentant sa tabatière.
Oui, Madame, prenez.
MADAME PITOU, prenant.
Merci I ça rafraîchit les idées... C'est une mauvaise habitude que j'ai depuis trente ans, avant d'épouser mon second mari, qui était facteur à la petite poste.
MADAME HAMELIN
Miséricorde !
MADAME PITOU
Je sortais d'avoir une inclination pour un facteur de la Halle aux Cuirs, qui s'est bien mal conduit z'à
mon égard, et qui m'a causé bien des peines et bien des chagrins, que je peux le dire. Je vous parais peut-être légère? eh bien! je m'attache facilement.
MADAME HAMELIN, à son mari.
Quels propos !
MAT)AMTi PITOTT.
J'avais eu une faiblesse, comme beaucoup de femmes peuvent en avoir; comme madame vôtre épouse a pu en avoir elle-même.
MADAME HAMEUN, se fâchant.
Madame, modérez vos expressions.
MADAME PITOU
Madame, nul n'est exempté d'aimer sur la terre. C'est une tribut qu'il faut lui payer.
MADAME HAMELIN
Encore une fois, Madame, modérez-vous.
MAT)AME PITOU
Quand nous nous connaîtrons mieux, je vous en dirai bien d'autres. Depuis vingt-six ans que je demeure rue Thibautodé... j'en ai vu assez ; j'ai étudié les hommes ; qui dit les hommes, (lit les femmes, c'est le sexe, en général... Une petite prise, s'il vous plaît.