SCÈNE XIX
ATHANASE, quatre musiciens, invités,
Athanase, tout défait, est yiolemment chassé du bal par quatre musiciens ; deui tiennent un violon à la main, et un autre un Violoncelle.
LES MUSICIENS, le poussant.
A la porte! à la porte!
ATHANASE, son cornet à la main.
Hais, Messieurs...
ïiES MUSICIENS, sansTécouter.
C'est indécent! à la porte!... voulez-vous bien me rendre ce cornet !
Un musicien le lui arrache des mains; Athanase veut réclamer, on lui ferme
la porte au nez.
ATHANASE, rouvrant la porte.
Mais c'était en sol ?
LES MUSICIENS, refermi^nt la porte.
 la porte ! à la porte !
ATHANASE, rouvrant la porte.
Puisque c'était en sol !
LES MUSICIENS, le repoussant rudement.
A la porte ! à la porte!
Ils lui ferment la porte au nez.
ATHAiNASE, anéanti, tombe assis sur la banquette du fond. Tout est fini I... perdu!... (n se lève, descend la scène et dit du ton d'un homme qui prend son parti avec chagrin.) Jc SUIS perdU,
quoi!... quel événement, mon Dieu!... moi qui me croyais si sûr de mon fait! J'entre dans le bal, radieux, mon cornet à la main; je ràe campe à l'orchestre, le premier violon me dit : Vous remplacez donc Gobillot? — Oui, je remplace Gobillot. La contredanse allait commencer, je dévore des yeux toutes les femmes bleues; par malheur presque toutes me regardent de face... impossible de me procurer un dos... J'étais horriblement pensif, lorsque mes camarades de l'orchestre lancent dans les airs le signal de la contredanse : je me rue sur mon cornet; l'es premières mesures marchent assez bien, ça ne faisait qu'un petit grognement caverneux, comme lorsqu'on souffle dans le goulot d'une bouteille. C'était peu de chose conime harmonie, mais ça ne gênait personne... seulement le premier violon me regardait d'un œil inquiet, comme un homme qui regrette Gobillot... J'étais plus inquiet que lui... toute mon ambition était d'arriver à la fin du quadrille, parce que je me disais : une fois la contredanse finie, je dépose mon piston, je me promène dans le bal comme un homme qui n'a l'air de rien, et je tàte les dos! je tâte les dos ! et si j'attrape ma clef, j'abdique l'art musical. Malheureusement, à force de souffler dans ce redoutable mirliton, j'obtiens un résultat... mais quel résultat!... des sons fabuleux!... c'était le cri du hibou, le gémissement de l'orfraie... toutes choses inédites en musique... A ces accords, les joueurs de whist se dressent sur
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leurs pattes, les danseurs crient : Assez ! assez ! à bas le piston! Oui, je t'en fiche! j*avais Tembouchure, je ne voulais pas la perdre... je continue de souffler dans ce tuyau avec la persistance d*une Renommée, lorsqu*une grosse dame s'approche de Testrade en disant : II n'est pas Dieu possible, il y a. un veau caché dans l'orchestre, et quelqu'un lui tire la queue I... Horreur! c'était la veuve Lardèche, ma future belle-mère ! heureusement elle n'avait pas ses besicles. A cette apparition terrifiante, je perds la tète, je déboule de l'orchestre avec l'impé^ tuosité de l'avalanche I Quels dégâts ai-je commis? je n'en sais rien ; quels t^oups de pieds m'ont donnés les musiciens? je ne veux pas l'apprendre ; comment suis-je ici ? je l'ignore. Par quel hasard ma bellemère est-elle dans ce bal? elle m'y cherchait donc? cette femme indomptable va me relancer ici... Et cette autre qui est là, cette femme que je ne connais pasi... ma belle-mère ne voudra pas le croire... où me cacher? que devenir I... mes idées se brouillent, j'ai des bourdonnements dans les oreilles...
(A^ déwipoir.) Fuyons ! (Il tèii lé getta dà pkmgMm.} GagnOUS
les quais !
Il M dirige vert l'escalier à gauche.