‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 16 sur 197 · DUVAL, JOCRISSE, CHARLOTTE · texte numérisé non relu

DUVAL, JOCRISSE, CHARLOTTE

DUVAL

Quelle effroyable catastrophe!... (a jocrisse.) J'imagine, monsieur Jocrisse, que vous n'avez pas la prétention de rester plus longtemps chez moi?

CHARLOTTE, à part.

Pauvre garçon!...

JOCBISSE, avec calme.

Non, Monsieur, je me retire ; je sens toute la turpitude de ma position... Je vais déposer mes effets.

Il 6te rapidement sa vette*

CHARLOTTE

Que fais-tu?

jocrisse/

Tout ce que j*ai appartient à Monsieur, cet habit, ce gilet, cette culotte, mon linge, tout!... je vais tout lui rendre.

CHARLOTTE, l'empèchaot de se déshabiller.

Arrête !

JOCRISSE^ a^ee digaité.

Ne crains rien, Charlotte, mes jarretières sont à moi.

CHARLOTTE

Quoi! Monsieur, vous le chassez?

DUVAL

Sans rémission! qu'il emporte ses habits et que je n'entende jamais parler de ce drôle... M'avoir fait manquer un mariage... Va-t'en!...

JOCRISSE, n^ustant sa veste.

Oui, Monsieur...

Il fait quelques pas pour sortir.

CHARLOTTE, suppliante.

Oh! non. Monsieur, non! vous n'aurez pas ce courage-là.

JOCRISSE, redescendant la scène, et avec dignité.

Laisse, Charlotte, j'ai des peines de cœur; tu ne connais pas toute la dimension de mon infortune.

CHARLOTTE, tristement.

Mais où vas- tu?

JOCRISSE, avec résignation.

J'ai mon plan! je pars pour l'Afrique.

Air: Aux rochers de Sainte-Avette.

Adieu, CharlolV 1 pense à ton frère !

Je pars pour oublier mes maux, Je vais sur la plage étrangère Passer ma vie à traire des ctiameaux.

CHARLOTTE

Que vas-tu fair* ? mais c'est une folie !

JOCRISSE

Ce que j'vas fair\ quand j'm'cxile si loin?

Lft prenant la main a^ec tendresse.

J'vais embrasser ma sœur chérie Et la profession de Bédouin I

Il lui donne des baisers sur le front. ■ J'vais embrasser ma sœur chérie Et la profession de Bédouin !

Tristement en se dirigeant vers la porte, Fession de Bédouin, Fession de Bédouin.

CHARLOTTE, pleurant.

Pauvre Jocrisse I (a eiie*même.) Non, je ne peux pas me séparer de lui, c'est plus fort que moi!... (ouvai s'est assis et parait affligé.) Monsicur, pulsquc Ic repentir de mon frère ne vous touche pas... puisque vous consentez à le laisser quitter cette maison où il est né...

DUVAL

Eh bien !

CHARLOTTE, d'une Toix émue.

Je ne l'abandonnerai pas : je resterai avec lui... Vous pouvez, Monsieur, chercher une autre bonne.

DUVAL

Que dites- vous?

JOCRISSE, redescendant la seène et se plaçant à Textréme droite.

Oh! quel trait!...

DUVAL, avec effort.

Eh bien!... (Après unepaase.) Eh bien! soit!... partez tous deux !

GHABLOTTE, à elle-même, avec donlear.

Ah!

JOCRISSE, avec exaltation.

Charlotte ! ta conduite te grandit ! tu as quinze pieds à mes yeux (qui est une belle taille pour une femme!) Va, va faire ton porte-manteau, pauvre petite malheureuse infortunée Charlotte que tu es î

Tu est une héroïne ! (Se rapprochant de Durai, et se plaçant entre

Duvai et Charlotte.) Oui, Mousicur, c'cst uuc héroïnc ', et si je ne craignais pas de dire une chose déplacée, je la

comparerais à Jeanne d'Arc... (Mouvement de charlotte, Jocrisse continue avec importance.) Pour le COUragO ! Va,

Charlotte, va! je me charge du reste.

CHABLOTTE, à part, en sortant, et avec émotion.

Il me laisse partir aussi !

Elle sort par la gauche.

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