SCÈNE XII
LES MÊMES, DUVAL et JOCRISSE, entrant par la droite; CHARLOTTE, entrant par la gauche.
Pardon, pardon, Mademoiselle, de m'être fait ainsi attendre... Bonjour, beau-père, enchanté de vous voir.
DUCHANEL.
Moi aussi.
JOCRISSE, à part.
Comment I... il est enchanté de se voir?
DUVAL, à Hcrminie.
Mademoiselle Duchanel, c'est un beau jour que celui de demain!... c'est le plus beau jour delà vie...
HERMINIE
On le dit, Monsieur.
DUVAL
Et moi j'en suis sur. (a. Ouchanel, en passant à gauche.)
Nous allons prendre du thé, tout en causant de nos petites conventions.
Ici Charlotte sort par le fond.
DUCHANEL.
Avec plaisir ! (Bas à Herminie.) Tu vois bien quc ça marche à merveille !
HEBMINIE.
Hélas! oui...
DUVAL
Jocrisse! débarrasse Mademoiselle de son bouquet.
HEBMINIE, remettant son bouquet à Jocrisse.
Prenez bien garde de le faner.
JOCRISSE, le prenant atee précaution.
Je vais le mettre dans Teau fraîche.
CHABLOTTE, rentrant par le fond, et portant un plateau couvert de gâteaux et d'un service de thé, à Jocrisse.
Aide-moi à approcher la table.
JOCBISSE.
Oui, ma sœur.
Il pose le bouquet sur le fauteuil qut est devant la table à droite. Puis il place le guéridon au milieu de la scène et Charlotte y dépose le plateau.
DUCHANEL.
A table on est très-bien pour parler affaires.
Jocrisse approche un fauteuil pour Herminie et une chaise pour Ouval.
HERMINIE, à mi-voix.
J'espère pourtant que nous n'y resterons pas deux heures, comme c'est votre habitude.
DUCHANEL, lui prenant le menton.
Quelques instants seulement.
CHARLOTTE
Quand ces Messieurs voudront 1
DUYAL, offrant la main i Herminie.
Mademoiselle 1
Jocrisse approche de Duchanel le fauteuil sur lequel il a placé le bouquet de roses ; Duchanel s*y assied, et se relève brusquement en jetant un cri de douleur.
DUCHANEL, avec un cri.
Oh! sacrebleu!
DUVAL
Qu'est-ce que c'est? ^
JOCRISSE, prenant le bouquet, «t d'un air calme.
Je sais, je sais.
DUVAL
Quoi?... tu sais?
JOCRISSE^ moatrant le boaqaet tout aplitl.
C'est le bouquet de Mademoiselle.
HEBMINIE, fftchée.
Âhl mon bouquet I... il est joliment arrangé.
DUCHÂNEL, douloureusement.
Ce n*est pas le bouquet que je plains.
DUYAL, à Jocriiie.
Imbécile I pourquoi as-tu mis le bouquet de Mademoiselle sur ce siège.
JOCBISSE, avec embarras.
Dame! Monsieur, je Tai mis là, moi, par manière d'acquit, sans penser que Monsieur allait le fouler..* aux pieds, comme ça...
DuyAL, aTee indigoation.
C'est odieux, l'imprévoyance de ce garçon!
Air de Partie et Rewxneht,
' Des bétU^fl de ce misérable On pourrait faire un étonnant recueil*
JOCRISSE
Mais c'est pas moi qu^est le coupable A tout Je n* peun pas aroir r<fiii !
DUVAL
Mettre un bouquet sur un fauteuil I
JOCRISSE, à Ducbanel, d'un air piteux.
Que je vous plains, malheureux père, D*un accident...
DUVAL
Tu n^es qu*un soliveau !
JOCRISSE, regardant le bouquet, s'adressant à Duchanel. Mais ça reviendra, je Pespère, En le faisant tremper dans i'eaa.
DUVAL, àDachancl.
Asseyez-vous donc, je vous prie.
DUCHANEL, l'appuyant sur la table sans s'asseoir.
Je suis très-bien ; permettez-moi de causer debout un instant.
DUVAL, à Jocrisse, lui montrant DuchaDel,
Vois-tu ce que tu as fait, drôle !
JOCRISSE
Je ne le voi§ pas, mais je le devine.
HEBMINIE, bas à Duchauel.
Parlez-lui, mon père, afin que nous ne restions pas là jusqu'à demain.
DUCHANEL, bas à Herminie.
Tout de suite, (a Du^ai.) Mon cher gendre, nous allons donc signer le petit acte en question?
DUYAL, à Herminie.
Vous offrirai-je des gâteaux, Mademoiselle?
HERMINIE
Mille grâces. Monsieur.
DUCHANEL, continuant.
Le petit acte en question.
DUVAL
Ce thé est fort bon : je le tire directement de la Porte... chinoise...
DUCHANEL, s'asseyanl.
Il a l'air de ne pas m'entendre.
JOCRISSE, à part.
Il y a du mieux.
DUCHANEL.
Mon cher monsieur Duval, le notaire a dû vous envoyer le contrat de mariage.
DuvAL, avec embarras.
En effet, oui, le contrat...
DUGHANEL, d'ua air satiifait.
• Ah!
DUVAL
Je n^entends pas grand' chose à ces sortes d'actes.
DUCHANEL.
Ni moi, mais enfin...
CHABLOTTE, bas à Duval.
Tenez bon. Monsieur.
DUCHANEL.
Il y a des notaires pour cela, et on peut s*en rapporter à eux.
DUYAL, d'un air de doute.
Pas toujours.
DUCHANEL.
Comment cela?
DUVAL, avec hésitation.
Car j'ai consulté mon homme d'affaires et il a été d'avis que...
DUCHANEL.
Que?...
CHARLOTTE, i part.
Bon! cela s'arrange.
DUVAL, de même.
Que ce contrat avait besoin d'être modifié...
CHARLOTTE, d'un air résolu.
Et Monsieur Ta déchiré.
Tout le monde se lète, et pendant la fin de la scène, Charlotte et Jocrisse remettent les fauteuils en place, et le guéridon où il était d*abord ; Charlotte emporte les tasses, la théière, etc. Ce moutement doit être très-rapide.
DUCHAiîBL/
Déchiré I...
HEBKIKIE, éekitaftt.
Je Tavais prévu,, . je Tavais dit que Monsieur était un avare... qu'il regarderait plus à son argent qu'à son bonheur... et vous voyez par Faffront qu'il nous fait...
DUVAL
Mademoiselle, je n'ai point eu l'intention...
HEBHINIE, fiirieufe.
Eh ! que m'importent vos intentions !
DUOHAXEL.
Modère-toi, ma fille, modère-toi... nous parlons affaires.
DUVAL, à Herminie.
Permettez-moi de vous expliquer. . .
HERMINIE
Non, Monsieur... j'en sais assez... j'en sais tropl... tout est fini entre nous, et je suis confuse de la démarche que je n'ai faite aujoilî'd'hui que pour obéir à mon père ; et si je m'écoutais, je crois que je me porterais à quelque excès.
Elle fait un geite menaçant, Duetiaaei cherche à la contenir. DUVAL, confojula.
Ah ! Mademoiselle !
DUOHANEL, à DutaI.
Ce sont les nerfs, ça n'aura pas de suites. Dans ces accès-là, elle frappe tout le monde, mais le cœur n'y est pour rien.
JOCRISSE, à part.
^ C'est encore heureux !
DUTAL.
Je suis persuadé que Monsieur votre père appréciera plus justement mes motifs.
nirCJHANBL.
Certainement, (sas i Herminîe.) Tu vas faire tout manquer, vois-tu?
HERMIKIE.
Que m'importe !
Quand les bans sont publiés, quand la corbeille est achetée...
DUCHANEL.
Une corbeille magnifique ! (a mi-Toix, à DoTai.) Montrez-la !
nuvAL.
Tout de suite.
Il fait signe à Charlotte de l'apporter, Charlotte la place sar une chaise
près da gvéridon.
HERlflKIE.
C'est inutile, Monsieur.
DUCHANEL.
Ma fille, ma fille, voyons! sois raisonnable, que diable ! (u prend la corbeille.) Tîcns, regarde !
Il oa^re la corbeille.
JOCEISSE, à part.
Ah î je voudrais être au fin fond du puits de Grenelle.
DUGHÂXEL , tirant de la corbeille tous les objets, qoi sont tachés d'encre.
Grand Dieu !
DUVAL, scandalisé.
Qu'est-ce que c'est que ça?
HEBMINIE, d'un air dédaigneux.
Quelle affreuse mystification!...
Je sais, je sais, c'est de l'encre.
DUYAL, à Jocrisse.
Parbleu! je le vois bien... (i Herminic.) Mademoiselle, je suis confus... de cet accident, et je vous prie de croire!...
HERMINIE
Épargnez-vous le soin de vous excuser, Monsieur ; vous avez voulu vous jouer de nous, c'est clair.
DTJVAL.
Mademoiselle!...
DUCHANEL, tirant l'un après l'autre tous les objets de la corbeille.
Tout, tout est abîmé... ah!...,
• DUVAL
Qui est-ce qui a pu faire une chose pareille?...
HEBMINIE, regardant fixement Daval.
Il n'est pas difficile de le deviner.
DU VAL
Quelle idée !
Air : Ah I j'étouffe de colère (du Philtre champenois), j HKRMINIE.
I Oui, trop longtemps j'ai dû feindre; Je cesse de me contraindre ; Je pourrai, Dieu merci t Mieux trouver qu'un tel mari !
Je veux bien tâcher de faire ENSEMBLE. ^ ^^ ^^. convient à mon père,
Il le sait^nnais son cœur Ne peut vouloir mon malheur.
DUCHANEL.
Tu cesses de te contraindre Lorsqu'il fallait encore feindre!...
ENSEMBLE
Fn pea plus, aujourd'hui, Et tu trouvais un mari !.,.
Ta douceur imaginaire A ses yeux semblait sincère...
Par malheur, la fureur Vient dissiper son erreur.
DUVAL
Quelle adresse îll se contraindre!
Et comme elle avait su feindre !
Un peu plus, aujourd'hui, Je devenais son mari.
Sa douceur imaginaire, Moi, je la croyais sincère...
Par bonheur, sa fUreur A dissipé mon erreur 1
JOCRISSE et CHARLOTTE.
La gaillarde savait feindre...
Quelle adresse à se contraindre !
Un peu plus, aujourd'hui, L' bourgeois devenait son mari !
Elle ornait son caractère D'un* douceur imaginaire...
Par bonheur, sa fureur Vient de dissiper l'erreur.
L*orche8lre continue piano, et joue le milieu de l'air, jusqu'à la reprise
de l'ensemble.
JOGBISSE, avec exallaUon.
Eh bieni non! non! je ne souffrirai pas qu'on accuse mon maître; faites-moi conduire chez le commissaire, qu'on me garrotte, qu'on me lie les pieds sur le. dos, ça m'est égal ; c'est moi qui a tout fait, voilà la vérité dans son costume inconvenant.
DUVAL, furieux.
Toi, malheureux?
JOOBIBSE, avec aplomb.
Moi, malheureux. C'est de l'encre, quoi ! c'est de l'encre !
OHABLOTTE, k part.
Il est perdu.
HEfiMIKIE, avec ironie.
Le dévouement de ce domestique est louable, mais je ne crois pas, Monsieur, au conte qu'il nous fait. Partons, mon père.
DUCHANEL.
Partons, ma fille.
Reprise de t ensemble,
DUCHANEL.
Tu cesses de te contraindre, etc«
HERMIMIE.
Oui y trop longtemps j'ai dû feindre, etc.
DUVAL
Quelle adresse à se contraindre! etc.
JOCRISSE et CHARLOTTE.
La gaillarde savait feindre, etc.
Dncbanel et Herminie sortent ensemble.