SCÈNE III Madame JOLIBOlSi PLUCHARD
PLUCHARD y lorUnt de wn cabinet, à droite ; il tient on manoserit à la main, et pardt être de fort mauTaiie baneur.
Jamais, non, jamais on n'a vu chose pareille!...
MADAKE JOLIBOIS.
Ah I mon Dieu ! qu*avez-vous, monsieur Annibal?... Vous êtes tout renversé !
PLUCHABD, animé.
Ce que j*ai!... (dw ton naturel.) Ahl bonjour ma
belle propriétaire! (Ilioi donne ane poignée de main.) VoUS allez bien ? (Reprenant le ton animé.) Je SUis furieUX !
MADAME JOLIBOIS
Pourquoi donc?
PLUCHABD, frappant sur le manuierit.
C'estceci.., ceci... un manuscrit... cinq actes
Et quelle pièce?... une horreur! Et depuis trois ans que je suis à Paris, je passe ma vie à lire de ces sortes de produits... et vous ne voulez pas que je crie?... mais je crie!
MADAME JOLIBOIS
Taisez-vous donc! On croirait que vous êtes blessé?
PLUCHARD.
Mais je le suis aussi ; je le suis dans ma dignité de comique.
Il jette le mannierit ur le gnéridon.
MADAME JOLIBOIS
Vous jouerez donc cette pièce?
PLUOHARD.
Si je la joue, le public sifflera.
MADAME JOLIBOIS
Alors, ne la jouez pas.
PLUCHARD.
Mais si je ne la joue pas, je me fais des ennemis, et quels ennemis? des auteurs, et quels auteurs? les plus implacables de tous, les médiocres ! mais c'est dans la nature. (d*uq ton naturel.) Allez à Constantin nople, consultez les femmes du sérail, on vous dira que les plus méchants des Turcs, ce sont les eunuques! (s'animant.) Non, tcucz, il y a tant d'ennuis, de dégoûts dans le métier que je fais, qu'il y a des moments où je flanquerais tout par la fenêtre, les rôles, le théâtre, mes perruques et jusqu'à moi-même.
Il 8*a88ied près du guéridon.
MADAME JOLIBOIS
Et c'est vous qui dites ça... Vous, le roi du rire, l'idole du public qui vous apporte la richesse avec ses bravos !... Vous n'avez donc pas vu ce que la province vient de vous envoyer? Il y a ici une averse de boudins, une giboulée de pâtés... et des verses, et des couronnes, s'il vous plaît.
PLUCHABD, avec indifférence.
Des couronnes... quelques feuillages et un bout de fil... J'en ai quelquefois désiré... je l'avoue...
MADAME JOLIBOIS
Quand ça?
PLUCHARD, se levant.
C'est quand on ne m'en donnait pas, parbleu!... (Avec eipiotion.) Oui. . . malgré l'amertume de mes débuts, j'ai travaillé avec ardeur, avec rage... J'avais une
revanche à prendre... (A?ecnoe grande indifférence.) Mais à présent...
MADAME JOIilBOIS, ge frappant la poitrine.
Vous n*avez donc rien là, vous n'êtes donc plus artiste? c'est monstrueux ! Ah ! vous ne vous doutez pas de ce que vous valez... Mais moi qui vous parle, je vous le dis brutalement... vous êtes incomparable... je vous admire... net!
PLUOHARD.
Tiens!
MADAME JOLIBOIS
Ce n'est pas pour votre beauté... (MouTement comique de
piuchard.) Et cucorc il y a beaucoup k dire là-dessus.
PLUCHARD, gaiement. *
Oui, il y a plusieurs petites choses à dire, mais c'est inutile.
- MADAME JOLIBOIS
Tenez, vous m'électrisez... Je n'y tiens plus... Il y a trop longtemps que je résiste, je vais éclater.
PLUCHARD.
Prévenez-moi du moment.
MADAME JOLIBOIS
J'éclate !
PLUCHARD, atee éclat.
Sapristi !
MADAME JOLIBOIS
Annibal! croyez-vous que trente-cinq mille livres de rentes en maisons à Paris et en bonnes fermes, seraient nuisibles à la considération d'ua artiste?
' PLUCHARD.
Mais...
MADAME JOLIBOIS, rinlenompant.
Très-bien... quelle est votre opinion sur moi? parlez franchement.
PLUCHABD, d'un ton aimable.
Je trouve que... diable...
MADAME JOLIBOIS, tournant tur elle-oième et jouant de l'étentail.
Je me plais à penser qu'il n'y en a pas encore quinze à la douzaine qui soient coupées sur ce ptitronlà... dites?...
PLUCHARD.
Mais je vous trouve adorable, et pour vous en donner la preuve.
11 lui prend la taille.
MADAME JOUBOIS, lui donnant un coup d'éventail sur la main.
A bas les pattes, et pas de ça, Lisette!
PLUOHARD, à part.
Tiens... sage...
MADAME JOLIBOIS
Mais je n'haïs pas les mauvais sujets.
PliUOHARD.
Ah I alors...
Il recommenee à la luliner ; elle lui donne un teeond conp d'éTentail
sur lei doigta.
PLUCHABD, secouant sa main» à part.
Diantre! elle est très-sage!
MADAME JOLIBOIB.
Vous avez du talent, vous n'êtes pas un homme ordinaire... moi, je ne me regarde pas comme une femme commune... (Avec éclat.) Annibal! je vous aime !...
PLUCHABD.
Ah ! grand Dieu !
MABAME JOLIBOIS.
Mes vues sont légitimes... je viens vous demander votre main.
PLUCHABD.
Quoi!
MADAME J0LIB0I8
Vous acceptez ?
PLUCHABD, gaiement.
Je trouve la proposition si originale, que, ma foi...
MADAME JOLIBOIB.
J'en étais sûre... avec les artistes il y a toujours de la ressource... ah ! vous êtes un grand artiste!
ENSEMBLE
Air : Un germent est sacré {Pont cassé).
MADAME JOLIBOIS
H accepte ma main 1 Je vais éire sa femme, Pour couronner sa flamme, Accomplissons ce doux hymen !
Pas d'accroc, pas d'effort, Quand deux cœurs sont d'accord.
Un pareil dênoûment,
Ah ! vraiment,
C'est charmant !
PLUGHARD.
Elle m*offre sa main !
Non, jamais, sur mon âme.
Plus étonnante femme Ne se trouva sur mon chemin ; D'un seul mot, dès l'abord, Tout fût dit : c^est d'accord.
Un pareil dénoûment.
Ah ! vraiment,
C'est charmant !
MADAME JOLIBOIS
Courez bien vite à la mairie,
UNE QUEUE ROUGE. 3a7
Qae dans huit Jours on nous marie !
N^allez pas lambiner, N'allez pas lanterner !
PLUCHARD, à part, gaiemenU Eir tient à terminer 1
MADAME JOUBOIS, avec expression.
Un baiser pour la fiançaille« Elle prend la taille de Pluchard, qui se défend comiquement.
PLUCHARD.
Ah I mais vous me prenez la taille !
Ça me chatouille, ah ! ah 1 ah ! ah 1
MADAME JOUBOIS.
Au point où nous voilà,
On peut s'permettre ça 1
Elle embrasse Pluchard sar les deux joues.
{MADAME JOLIBOIS, PLUCHARD, gaiement.
Il accepte ma main, etc.
Elle m*offre sa main, etc.