‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 167 sur 197 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

PLITCHARD, puis UN DOMESTIQUE, entuiie KERNEVEL.

PLTJCHABD, d'abord seul, se promenant arec agitation, très-émn, mais

triomphant.

Ahl je... je n'espérais pas...— J'ai... j'ai bien pris ma revanche !... (ii essuie une larme.) Je l'ai vue, là... suppliante, à mes p.... je l'ai écras... — Je suis bien

content... oh ! mais, bien... (Tout à coup et dominé par rémotion.) Non, j'étouffe! j'étouffe!

Il tombe assis près du guéridon.

UN DOMESTIQUE, annonçant du fond.

Monsieur Kernevel I

PLUCHABD, se releyant tout à coup.

Qu'il entre ! ah ! qu'il entre ! (Le domestique sort.) Il arrive à point, celui-là!.. . je vais bien l'arranger!... (Par réflexion.) Mais uou, je ne pcux pas... quel dommage qu'il y ait une police correctionnelle !

KEBNEYEL, entrant Tiyement par le fond.

Mon cher Annibal, je vois à l'empressement que

vous mettez à me recevoir, que, si vous avez changé de nom, vous n'avez pas oublié le mien.

PLtrCHARDj avec une politesse froide.

Le principal mérite d'un acteur, Monsieur, c'est la mémoire l

KERNEVBL.

Oh ! vous en avez tant d'autres I . . .

PLUCHAED.

Je tiens à vous prouver que je possècle surtout celui-là.

EERNEYEL, gaiement.

Tant mieux, morbleu! tant mieux.

PLUCHAED, à part.

Il ne comprend pas, le cuistre !

KERNEVEL.

Vous savez que je suis votre directeur?

PLUCHAED.

On me l'a dit.

KERNEVEL.

Et mon premier soin est de venir vous trouver, vous, l'enfant chéri du public, vous, la clef de voûte de mon théâtre!... J'ai déjà parlé de vous aux auteurs... vous n'aurez que de bons rôles... quoique tous les rôles soient bons quand ils sont joués par vous...

PLUCHAED.

Vous VOUS trompez; les rôles sont comme les directeurs; il y en a de bons, il y en a de mauvais, il y en a d'exécrables ; il y en a qui ne méritent pas qu'un galant homme leur ôte son chapeau.

EEENEYEL, naïvement.

Des rôles?

PLUCHABD, iTee ironie.

Oui... des rôles. (Apart.) Il ne comprend pas, le cuistre...

KEBKEVEL.

Je choisirai les vôtres, et nous n'aurons ensemble que d'excellents rapports.

PLUCHABD, se posant, les bras croisés, deTant KerneTcl.

Ah ça ! mais vous ne vous souvenez donc pas de ce qui m'est arrivé à Saînt-Brieuc... Côtes-du-Nord?

KEBNEYEL, légèrement.

Âh ! ahl vous pensez encore à cette folie?... Entre amis, on se fait des farces... et je vous regarde comme mon ami.

PLtrOHABD, appuyant.

Oui, je le suis... et un fidèle encore; car depuis ce jour-là...

Air : Aux braves hussards du deuxième*

Quand, par malheur, tombé dans la rivière, Un homme jett* des cris de désespoir^ Je cours soudain, bercé par un' chimère.

Par le désir de vous aperoevoir. {bis,) Un homme est-il écrasé dans la foule, J*accours encor, pensant toujours à ça, Et, par hasard, quand un^ maison s'écroule.

Je m*écrie : W n'était pas là !

Quoi ! mon ami, grand Dieu ! n'était pas là ! Allongeant la mesure du dernier Ters.

Quoi I ce cher ami, cet excellent Kernevel, grand Dieu ! n'était paslàl

KERNBVBL, cherchant à rire.

Ah! ah! c'est charmant!

PLUCHARD.

N'est-ce pas?...

Il rit

EEBNEYEL,

Allons, que diable! oubliez une mauvaise plaisanterie...

PLUOHABD9 ironiquement, mais de ftçon à ce que Kernevel puisse s'y

méprendre.

Et embrassons-nous !

KEBNEVEL, franchement.

Volontiers.

PLUCHABD; le repoussant rudement.

Mais j'aimerais mieux embrasser.., la religion ma* hométane... et courir le macadam, à pied avec des babouches...

KEBNEYEL, stupéfait.

Quoi !

PLUOHABD, poursuiTant son idée.

De maroquin jaune...

KERNBVBL.

Comment?

PLUCHAÈD, de même.

Serin I

KERNEVEL, après avoir fait un mouvement de vive contrariété.

Mais enfin, nous sommes destinés à vivre ensemble, puisque mon privilège porte textuellement que les engagements faits par mon prédécesseur subsistent.

PLUCHABD.

Excepté le mien 1

KEBNEYBL, stupéfait.

Pas possible I

PLUCHABD.

J'ai contracté avec un brave et digne homme, plein de probité, plein d'honneur...

KEBNEYEL.

Mais...

PLUCHABD.

Je ne vous critique pas. Incapable de tromper personne....

KEBNEVBL.

Eh bien!...

PLUCHABD.

(Je ne vous critique pas.) Mais sous la réserve que, si son successeur n'était pas dans les mêmes conditions, je deviendrais libre... (Je ne vous critique pas.) Je m'en vais.

KEBNEYEL, désespéré.

Je suis ruiné... c'est un assassinat!

PLUCHABD.

C'est bien aimable à [vous d'avoir cette idée-là... (kwee assentiment.) Mousicur Kemcvel, elle ajoutc un grand charme à ma retraite.

KEBNEYEL, suppliant.

Mon cherÂnnibal...

PLUCHARD.

AiB : Disposez^ Monsieur Sans-Gêne.

Nous ferions mauvais njénage, Vous arrivez, je m^en vais.

On n'enferma jamais Deux tigres dans la même cage.

KERNEVEL.

Quel est cet enfantillage ?

Vous voudriez me quitter?

Vous resterez, je gage...

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