SCÈNE XIV
Les mêmes, LOIG, puis JOGELYNE.
LOlO, iPluchard, eu entrant parle fond.
Monsieur, c'est cette demoiselle qui vient pour répéter son rôle.
392 UNK QUEUE ROUGE.
PLUCHABB, à part.
Ah ! pauvre enfant... j'ai bien arrangé ses affaires! la voilà sans protection contre ce sacripant !
JOOELYNE, elle partit au fond, Têtue d*un charmant costume de bacchante; elle remet ton burnous à Loïc, qui est auprès de la porte; — à Pluebard.
Me voilà, Monsieur.
PLUCHARB, arec admiration.
Qu'elle est jolie!... Ah! sapristi! elle est jolie...
JOCELYNE, descendant la scène.
Eh bien, Monsieur, êtes-vous content de ce costume de bacchante?
PLUCHABI), avec entrainement.
Si je le suis?... c'est-à-dire que je suis...
KEENEVEL, qui, depuis l'entrée de Jocclyne, l'a lorgnée curieusement.
Vous êtes ravissante... on n'a jamais rien vu de plus séduisant!
PLUCHAED, à part.
Comme il l'examine !... mais si elle joue la cfomédie, chacun aura donc le droit...
Il fait le geste de lorgner.
JOCELTNE, à Pluebard.
Eh bien, Monsieur?...
PLUCHAED, avec brusquerie.
Ce costume vous va mal... ces épaules... c'est abominable... cachez... cachez...
Il prend le burnous des mains de Loïc et le met sur les épaules de Jocelyne.
JOCELYNE, interdite.
PLUCHAED, brusquement.
Vos jambes... c'est affreux à voir !
JOCBLYNE.
Hein?
PLUCHABD, de même.
Vous êtes laide! cachez... cachez... .
Il cherche à faire descendre le burnous.
JOCELYNE.
Ah ! mon Dieu I
PLUCHABD, il tire le bnmous par le bas; le burnous quitte les épaules
de Jocelyne et tomber
Allons, bon ! (a Kemeyel et & madame Jolibois.) Ne regardez
pas.
Il relève le burnous et le remet sur les épaules de Jocelyne. MADAME JOLIBOIS.
Comment! ne regardez pas...
PLUCHABD.
Allez-vous-en! nous ne répéterons pas...
JOCELYNE.
Et ma danse, ma bacchanale... vous n'avez pas vu.
PLUCHAKD, brusquement.
On en a trop vu... vous ne danserez pas! vous serez mauvaise ! on vous sifflera.
JOCELYNE, désolée.
Est-il possible?
KEBNEVEL.
Je soutiens, moi, que Mademoiselle est charmante, je réponds de son succès.
PLUCHABD, à Jocelyne.
Ne récoutez pas, c'est Tanonyme au bouquet... vous dansez sur le bord d'un précipice.
JOCELYNE.
Grand Dieu !
MAT)A¥E JOLIBOIBy Teimt près de Plachard.
Vous ne voulez donc pas qu'elle joue la comédie?
PLUCHABD, a?«e antmation.
Non, Madame, car je plane sur elle.
MADAME JOLIBOIB.
Ab çà ! mais, il plane toujours, il a donc des actions dans les hirondelles ?
PLUOHABD.
Je suis son protecteur, sa sauvegarde ! et je la livrerais à toutes les indiscrétions des binocles!...
Air : Je voulaû bien {Fra Diavoîo).
Je ne veux pas! (bit.) Une rose au soleil se fane.
Je ne veux pas ! {bis.) Au public livrer tant d^appas.
Je ne veux pas ; (/er,) Pour qu'un admirateur profane, Perçant ce tissu diaphane, Dis' : Y'ià c' qu'elle a, v'ià c* qu'elle n'a pas. Atcc une énergie croissante.
Je ne veux pas! (4 fois,) Non ! non I
Je ne veux pas I {bis,)
EEBNEYEL, passant près de Plucbard.
Vous oubliez que Mademoiselle est engagée, et que moi seul...
JOCELTNB, aTecreg[ret.
C'est vrai, j'ai signé.
PLUOHABD.
Elle a signé! Ah! les jeunes filles sont bètes... pour la plupart! (a KemeTci.) Eh bien ! écoutez... Déchirez l'engagement dç mademoiselle et je conserve le mien.
KEBNEYEL.
Voilà qui est parlé... j*accepte !
MADAME JOLIBOIS, à Kernevel avec joie.
Ah ! je savais bien que pour moi il resterait comédien I
JOCELTNB, d4iolée, à Plachard.
Et ma mère, Monsieur?
PLUGHABD, bas à Jocelyne.
Elle sera la mienne... voulez-vous?
JOOELYKE, a?ee joie.
Quoi!... ahl
PLUGHABD, bas, à Jocelyne.
Chut! pas de sentiment!... plus tard... mais pas en public, je n'ai pas-Thabitude... ça ferait rire.
MADAME JOLIBOIS , alieat à Pluchard, et lui présentant la main.
Annibal, ma main est à vous !
PLUCHABD, gaiement.
Que diable voulez-vous que j*en fasse? j'ai déjà celle de mademoiselle, cela suffit à mon ambition.
MADAME J0LIB0I8
Quoi! VOUS qui la trouviez si laide !
PLUCHABD, Tivement.
Laide! regardez-la donc*.* Elle est jolie, charmante, adorable!.;. Je la trouve bien faite... mais pour un homme seul.
MADAME JOLIBOIS
Le monstre ! Je comprends pourquoi il la retire du théâtre.
PLUCHABD, gaiement.
Vous comprenez. (AJoceiync.) Elle comprend! Cachez, cachez.
Il ferme le burnous de Jocelyne.
KEBNEYEL, rUnt.
Il ne veut pas qu'on admire les perfections de sa femme I
MADAME JOLIBOIS
Cet égoïsmel ah! ces artistes, ça n'a rien là.
PLUCHAKD.
Depuis quand un avare donne-t-il à tout le monde la clef de son magot? (Montrant jocéiyne.) Et voilà mon magot, à moi I
MAHAMB JOLIBOIS.
Ah ! comme il l'arrange !
PLUCHARD.
C'est-à-dire, nonl... c'est moi qui suis le sien! c'est moi qui suis son magot!...
HTATlAMia JOLIBOIS.
Au fait, il y en a en Chine, pourquoi n'y en aurait-il pas en France?
PLUCHARD, au public Aia : Je pars, déjà de toutes parts {Une Nuit de la Garde nationale).
L'auteur, Messieurs, m'a fait bien peur !
Me poser en grand acteur !
Dans quel rôle On m'enrôle 1 Ah 1 je sens trop, en le créant, Que je suis malséant Sous rhabil d'un géant 1 Ce point convenu, Reconnu, Je me suis souvenu Que, dans mon humeur triste.
J'ai dit que les succès.
Les bravos, les bouquets N'étaient que des hochets Sans valeur pour l'artiste.
Mais c'était une bélise,
Un lazzi, même assez sot...
Par état il faut que j'en dise :
Ah I n^allez pas me prendre au mot !
Je proteste, Je conteste Et j'atteste Qu'un bravo, Qui me prouve Qu*on m'approuve, La main tur son cœur.
Ici trouve Un écho.
Si nous avons votre suffrage, Pour notre orgueil, point.de danger.
Car avec nous les auteurs de l'ouvrage Modestement sauront bien s^arranger.
Par des bravos de toute espèce Accablez-nous... point de frayeurs I...
Nous croirons que c'est pour la pièce, Eux diront : C'est pour les acteurs !
Enfin, par un partage égal, Que le public en masse, En nous jugeant en face, Proclame, indulgent tribunal.
Par un gai bacchanal.
Un succès... général 1
TOUS
Et faisant un partage égal, Que le public en masse, etc.
FIN d'une QUBUE rouge.