‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 175 sur 197 · IV · texte numérisé non relu

IV

PLXrOHARD.

Je suis charmé que cela vienne de vous, car je me serais fait scrupule de vous fixer un chiffre.

KBBNEVEL, à part.

Ce scrupule I (Haut, et seieTant.) Permettez... elle n'a encore aucun talent.

PLUCHAED.

Gela viendra ; je me charge de son éducation théâtrale.

Kernerel reporte la ehaùe au fond.

MADAME JOLIBOIS, àPluchard.

De son éducation ! Ah çà I mais vous lui portez donc un intérêt... usuraire, à cHe petite.

PLUCHAED.

Mais qu'est-ce que ça vous fait, puisque je vous épouse?

MADAME JOLIBOÎS.

Ce que ça me fait..« ce que ça me fait? ça me fait I

ttEBNEVEL, redescendant,

Ëh bien!.*, je consens à ce que Vous voulez... (A part.) Cela sert mes projets. (Haut.) Pour comtnencer^ nous lui choisirons un rôle facile et joli.;, j'en sais un qui lui va merveîlleusemeht... daûs une pîfece que j'ai fait déposer chez vous et dont je vois le manuscrit^ là, su^ feette table;., vous l'avez lu?

PLUOHABDi vivement et prenant le tnaboscrit du bout du doigt par la

faveur qlii le noue.

SeHez-vous ratiteùr de cette chose?

MADAME JOLIBOIS, à part, riant:

Àh 1 ça tombe bien !

KEBIfSTEL, jouant la niMéatie;

Pas précisément... mais j'ai donné quelques con-

seils à Fauteur... un pauvre diable... vous concevez, je Tai désintéressé.

PLUGnAUI), se levant, le manuRcrit à la main.

Je comprends, vous avez acheté de l'esprit.

KERNEVEL.

Oh!

PLUCHABD.

Il n*y a pas de mal... à quoi servirait la fortune, si ce n'était à acheter... ce dont on a besoin?

MADAMK JOUBOIS, riant.

Âhl c'est bon, çal

Piuchard lui fait ugne de le taire. EERNEYEL.

Oh ! mais j'ai fait à l'ouvrage de nombreux changements de ma main, et je serais charmé d'avoir votre avis.

PLUOHAET).

Monsieur... la pièce est assez exécrable.. •

Ifoatement de KeraeTel.

MADAME JOLIBOIS, riant.

Ahlahl ah!

PLUOHARD.

Mais il y a une bonne situation ; c'est celle dans laquelle le père qui a confié sa fille à un de ses amis, s'aperçoit qu'il veut la séduire.

KEBNEYEL, virement.

Oui, n'est-ce pas? il y a là une tirade... jolie?

PLUCHABD, brusquement.

Elle est absurde, votre tirade ! (vadame joUbois rit.) Comment! le père découvre la coquinerie de son ami, et là où il faut une chaleureuse indignation, vous lui faites faire des calembours?... (madame joUi)ois

hêmm Uê épuiét.) Moi, voîci Comment j'entends cette

situation...

U pareonrt le vuiaserit.

KEHNEVEIi,

Cinquième acte, scène huitième.

PLUCHABD.

Je ne fais pas les phrases... je m'attache au sens seulement. Écoutez bien... Que vois-je?... cette affreuse écriture 1...

KEBNEYEL.

C'est la mienne.

PLUCHABD, i part, en tirant de sa poche la lettre que Jocelyne loi a remise et dont il compare récriture à celle du manuscrit.

Celle de la lettre que Jocelyne a reçue... c'est

lui !.. . (Haut et viTement, à KerneveL) Âh ! misérable gUeUX !

et tu oses te présenter devant moi après avoir tenté de séduire une pauvre enfant dont tu devais être le

protecteur et l'appui ! . . . (Remontant on peu et indiquant la porte

du fond.) Va-t'en! profite de la porte... c'est le vrai moment!

MADAME JOLIBOIS

Voilà de la passion ! c'est superbe !

KEBITEVEL.

Quelle chaleur I ah ! ah ! ah !

PLUCHABD.

Tu ris?... mais justifie-toi donc!... voyons, j'attends, je t'écoute ! As-tu pu croire qu'elle répondrait à tes agaceries de satyre?... Mais alors tues donc encore plus bête que tu n'es lâche !

MADAME JOLIBOIS

Ah ! bravo !

KEBKEYEL.

Cest admirable ! ah I ah I ah !

PLUCHABD.

Quoi! bravo! quoi, admirable!... (a lui-mème.) Mais il ne comprend donc rien, ce gredin-Ià? (ii pUce seusies

yeui de Kernetel et tout outert le billet que Jocelyne lui a remis.) Rc-

connais-tu ton écriture?

KEBNEVEL, qui jusque-là n'a pas cessé de rire et s'arrètant tout à coup

stupéfait.

Quoi I

MADAHE JOLIBOIS.

Ah! Fauteur est bien dans le sentiment aussi.

PLUCHARD, jetant loin de lui le manuscrit.

Comprends-tu maintenant qu'il ne s*agit pas de ta misérable pièce; cette jeune fille vénérable, c'est Jocelyne! ce ridicule séducteur gris-pommelé... c'est toi. (Très-vite.) Toi, toi, toi !

KERNEVEL.

Monsieur!...

MADAME JOLIBOIS, à Pluchard.

Vous ne jouez donc pas une scène?

PLUCHARD.

Jouer une scène!... mais c'en est une que je lui fais, à lui ! ma fureur, c'est une vraie fureur, à moi !

(Il a saisi Kemevel au collet.) VoyCZ COmme je le SCCOUC...

KERNEYEL.

Monsieur, vous allez me déchirer !

PLUCHARD, le faisant pirouetter.

Je vais le déchirer; ce n'est pas de l'imitation,

ça !

KERNETEL.

Vous m'étranglez !

PLUCHABD, l« leeoauit toujours.

Je Tétrangle; c*est nature, çal

MADAME J0LIB0I8, qui • paué à gsoche.

Arrêtez ! il ablnie son directeur.

PLUCHARD.

Lui, mon directeur !

KERNEYEL.

Monsieur Annibal, revenez à vous.

PLUCHABD.

A moi, oui ; à vous, jamais... je vous lâche !

Il repousse TiTement KemeTel. qui trébuebe. KEBNEVEL, tombant sur un siège près du guéridon.

Ah I grand Dieu !

MADAME JOLIBOIS

Quitter le théâtre pour une petite péronnelle,..

PLUCHABD.

Vous la respecterez, sacrebleul Je plane mt elle, savez-vous !

MADAME JOLIBOia.

Je vous interdis de planer sur personne !

PLUCHABD,

Qu'est-ce que ça vous fait, puisque je vous épouse ?

MADAME JOLIBOIS

Ah! mais minute... je vous ai offert ma main parce que vous avez du talent... et vous voulez le mettre au porte-manteau?... Mais, Monsieur, un comédien qui ne joue plus la comédie, je le regarde comme un quinquet qui n*est pas allumé... ça n'est bon à rien.

. PLUOHABD.

Comment, un quinquet?... cette comparaison manque de clarté... expliquez-vous ?

MADAME JOUBOIS.

Je ne veux rien de vous, ni votre cœur, ni votre nom de Pluchard, ni même cette... bourrache que vous pourrez faire infuser, encadrer, empailler à votre aise...

Blla jette la fleur à tene, et remonte Uietot* PLUCHABD, ramuMut la fteur ateo joie.

Oh ! merci !

MADAME JOLIBOIS, redeseendant im peu. *

Il me remercie...

PLUOHABD.

Puisque je reste garçon...

KEBNEYEL, déiolé.

Il quitte le théâtre I

MADAME JOLIBOIS

Âhl je suis hors de moi... (a xemeTei,) Monsieur Kernevel, laissons-le se refroidir, venez; mais je vous déclare que, si vous ne le faites pas changer d*avis, je flanque le feu à votre boutique !

KERNEVEL, se relevant.

Madame !

Ui reoiontent tous deux.

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