‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 183 sur 197 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Madame DURANDIN, COTILLARD caché,

MADAME DURANDIN, à elle-même.

Quelle nuit, bon Dieu! et si mon mari savait à quel danger je me suis exposée pour une maudite fête de village... lui qui m*a si impérieusement défendu d'y aller! Que de reproches! Aurait-il tort? Eh! mon Dieu! non. C'est moi qui suis une folle, une imprudente... et je serais désespérée qu'il l'apprît ; avec son caractère bougon, il m'en parlerait pendant six mois. Ah I si je ne fais pas une maladie, je devrai au sort de belles actions de grâces... Mais débarrassons-nous de ce chapeau, de cette écharpe, que ma sœur m'a prêtés.

Elle 6te son chapeau, son écharpe, et va les porter au fond du théâtre,

sur un fauteuil.

COTILLARD, entr'ouvrant la porte.

Je n'entends plus rien... Rose aura emmené la dame pour me donner le temps de m'échapper, saisissons le joint.

Il sort brusquement du cabinet.

4i2 L'OMELETTE FANTASTIQUE.

MADAlfE DUBAJœiN, jetant un cri.

Ohl ciell

COTILLABD, stupéfait.

La dame à Taverse !

MADAME DUEAin)IN.

Vous ici, Monsieur?

COTILLAED.

Moi ici, Madame.

MADAME DUBANDIN.

Mais comment se fait-il ?

COTILLAED.

Oui, comment se fait-il?... C'est-à-dire, non, c'est vous qui me le demandez. Comment cela se fait?

MADAME DUEABmiN.

Oui, Monsieur.

COTILLAED, à part.

Ne compromettons pas cette malheureuse Rose... (Haut.) Vous me le demandez. Madame? Eh bien! je vais vous le dire... (a part.) Du toupet, ici... (Haut.) Madame, quand on vous a vue une fois, quand on a passé près de vous trois heures à la danse et trois heures à la pluie, pensez-vous qu'on puisse jamais l'oublier ? (Avec force.) Jamais ! . . .

MADAME DXTEAin)IN.

Mon Dieu! Monsieur, je vous assure que vous m'effrayez beaucoup.

COTILLAED.

Ne craignez rien. Madame, je suis un jeune homme très-bien.

MADAME DUEANDIN.

Mais, enfin!...

COTILLARD.

Oui, Madame, vous avez fait naître en moi une de ces passions... Je vous Tai dit en passant devant la manufacture de Sèvres...

MADAME DUBAiœiN.

Je ne me rappelle pas...

COTILLABD, avec humeur.

Où on fait de la porcelaine... une de ces passions qui détériorent tout le moral d'un individu.

MADAME DUBAiœiN.

£h bien! Monsieur?. .

COTILLABD.

Madame, lorsque hier, ou plutôt aujourd'hui, car il était trente-cinq minutes du matin, vous me fermâtes au nez la porte de votre maison de Bellevue, je proférai un serment... un serment auprès duquel le serment des Horaces... et celui du Jeu de Paume ne sont que des puérilités...

MADAME DUEANDIN, avec crainte.

Quel est donc ce serment, Monsieur?...

COTILLABD, avec énergie,

Ce serment. Madame, c'est celui de vous suivre partout, ah!... de m'attacher à vos pas, ah!... de vous devenir horriblement importun, ah !...

MADAME DUBANDm.

Mais, Monsieur...

COTILLABD.

Ne craignez rien, Madame, je suis un jeune homme très-bien... 0\ii, vous êtes veuve, vous me Tavez dit en passant devant le petit chemin qui mène à la Verrerie.

MADAHi: BUBAiœiN.

Je ne m'en souviens pas...

OOTILLABD, avec humeur.

Où on fait des bouteilles... Oui, Madame, vous avez perdu votre mari, je suis veuf de ma place, nos positions sont exactement semblables, le ciel nous a créés l'un pour l'autre I ça va, ça marche, nous nous allons,

MADAME DUBANBXK.

Monsieur, vous m'avez rendu hier un important service, je ne le nie pas.

COTILLAED.

Ni moi. •

MADAME DURANDIN

Mon souvenir était avec vous.

COTILLAED.

Ah ! il a dû être bien mouillé alors.

MADAME DURANDIN

Mais le prix que vous attachez à ce service en essayant de me compromettre...

COTILLAED.

Moi? jamais!... Je vous aime ! je n'ai rien obtenu de vous que ce mouchoir.

MADAME DUEANDIN, vivement, et voulant le reprendre.

Monsieur, ce mouchoir, je vous l'ai prêté, en effet... mais j'espère que vous voudrez bien me le rendre.

COTILLAED,

Vous le rendre I... un objet qui vous a appartenu, qui est marqué de votre chiffre... ohl Madame, do« mandez-moi un de mes bras, une jambe» ma tête,,, je la jette à vos pieds... mais ce mouchoir chéri...

(Il baise le mouchoir, s'éponge avec et le remet dans sa poche.) Il IH 6St

sacré I...

MADAME DURANDIN, interdite.

Ainsi, Monsieur, cet objet que vous ne possédez que par surprise, vous prétendriez vous en faire une arme contre moi?...

COTILIiABD, avec dignité.

Incapable, Madame... je suis un jeune homme très-bien... je suis petit, je suis brun, je suis sec; mais, vous compromettre, jamais I...

MADAME DURAKDIN.

Mais enfin, Monsieur, que prétendez-vous?

OOTILLABD, avec entraînement.

Ce que je prétends?...

En apercevant Rose, il s'arrAte tout à coup.

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