SCÈNE VIII Madame DURANDIN, COTILLARD
MADAME DURANDIN, d'un air piqua.
Eh bien! Monsieur... vous devez être satisfait?
COTILLARD.
Pas complètement, mais je le suis.
MADAME DURANDIN
Grâce au despotisme que vous exercez ici, sans
448 L'OMëLËTTB fantastique.
ménagements, sans générosité... car vous voyez que nous ne sommes que deux femmes dans cette maison , me voilà compromise aux yeux de ma domestique.
OOTILLAED.
Nullement, je vous assure, Madame. Je le suis beaucoup plus que vous.
MADAME DUBAJNDIN.
Qu*en tendez-vous par là?
COTILLAED.
Rien qui puisse vous faire tort, Mais, enfin. Madame, il fallait bien détourner les soupçons. Pouvais-je dire à votre femme de chambre : J'adore votre maîtresse, quoique je ne la* connaisse que depuis hier?... C'eût été une bêtise. Maintenant, je prétends...
MADAME DURANDIN
Quoi!
OOTILLAED.
Déjeuner, d'abord... L'omelette est brûlante, et vous ne pouvez nier que je l'aie bien gagnée... hein?
Il rit.
MADAME DUBANDIN, avec hésiUUon.
Eh bien! Monsieur, prenez place...
OOTILLAED,
Oh ! oui, et après déjeuner je veux éterniser ce délicieux tête-à-téte. ,
MADAME DUEANDIN.
Quoi ! Monsieur, vous avez la prétention de rester ici?
COTILLAED, treo tendresie.
Oui, pour VOUS peindre mon amour... mais quand
j'aurai déjeuné, car je tombe d'inanition. Je ne pourrais rien peindi'e.
MADAME DURAKDm.
Monsieur, j*ai pu, dans un moment d'embarras, commettre une inconséquence, mais je vous crois trop galant homme...
COTILLASD.
Parfaitement galant. Madame... je suis un jeune homme trës-bien... mais vous êtes veuve, vous ne risquez donc rien...
MADAME DUBAKDI19.
Je suis... veuve, assurément, mais je ne suis pas libre...
COTIIiLAED.
Comment?... (a part.) Je comprends, un tuteur, un protecteur, un Cromwel...
MADAME DUBANDIN.
Et j'ai de graves raisons pour qu*on ignore de quelle manière notre connaissance s^est faite.
OOTILLABD.
Soyez tranquille, Madame, il ne le saura jamais. (A part.) Je vais donc déjeuner I
U s'assied après avoir conduit madame Durandin à la table ; il déplie sa setTiette et s'apprête à manger, lorsqu'on entend parler an dehors.
MADAME DUBANDIN, effrayde.
Grand Dieu !
COTILLABD.
Une voix mâle I
MADAME DUBAKDIN, do même.
C'est lui I
COTILLABD, ayec éclat.
Cromwel?... Il veut entrer tout botté dans le Parlement !
MABAME DUBANDIN, arec effroi.
Sauvez-vous, Monsieur I
CÔTILLARD.
Que je me sauve? mais par où? Je ne peux pas m'envolerl
MADAME DUBANDIN, lui désignant l'annoire.
Làllà!
COTILLABD, stupéfait.
Comment?
MADAME DURANDIN, ouvrant l'armoire. Un porte-manteaB est cloué en
dedans, sur la porte.
Amdu Fameuse des Dames, De gr&ce, entrez dans cette armoire!
COTILLARD.
C*esl me mettre dans un étau !
Voil&, pour le coup, une histoire...
Avec surprise.
Ehl mais... c'est un porte-manteau 1
MADAME DURANDIN
Entrez I cédez à ma prière...
COTILLARD.
A-t-on vu de pareils guignons ?
G^est un plat qui n^est pas vulgaire ; UnVneur de livr's... aux champignons!
Et à jeun! à jeun!
Il entre Tivement dans l'armoire en mettant encore sa serviette dans sa poche.
MADAME DURANDIN
Comment le faire échapper? Ah! cachons mon trouble, il trahirait mon imprudence.
Elle sort par une porte latérale, à droite*