‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 189 sur 197 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

COTILLARD, NATHALIE.

NATHALIE

V'ià une drôle d'histoire qui m'arrive ! Et si Cotillard le savait...

OOTILLABD, paraitMot tout à coup.

Il le sait.

NATHALIE, jeUnt un cri d'étoanement.

Cotillard !

COTILLABD, furieux.

Oui, c'est moi ! oui, c'est moil

NATHALIE

Par quel hasard ètes-vous ici ?

COTILLARD.

Et vous? C'est comme ça que vous m'attendez pour aller à la campagne. Que venez vous faire ici?

NATHALIE

Moi? je viens pour un chapeau!

COTILLABD.

Quelle est cette jonglerie?

NATHALIE

Parole d'honneur! Et j'attends la dame.

COTILLABD.

Vous venez me conter à moi, à moi, de pareilles billevesées ?

41 lui prend Yiolemment le bras.

NATHALIE, effrayée.

Mon Dieu ! Mais vous me faites peur 1

COTILLABD, lui secouant le bras.

Et quand je dis billevesées... je devrais dire de pareilles calembredaines! Ce serait plutôt le mot, le mot serait meilleur; je suis fâché de ne l'avoir pas dit... Ah! voilà bien les femmes!

NATHALIE, tremblante.

Mais je ne vous reconnais plus, vous, qui, ordinairement, êtes doux comme un mouton.

L'OMELETTE FANTASTIQUE. 43i

COTILLARD, avec téhémence.

Oui, je suis doux comme un mouton, comme deux mou... comme tren..., comme un troupeau de moutons; mais ce n'est pas une raison pour que je me laisse manger sur le dos le peu de laine que j'y puis avoir.

NATHALIE

Qui est-ce qui vous parle de ça?

COTILLAED.

Vous êtes venue ici avec le gros reptile !

NATHALIE

Je ne savais pas son nom ; mais ce M. Reptile est le cousin de la dame qui m'a fait demander.

OOTILLABD, avec indignation.

Son cousin?... Où avez-vons pris des cousins de cet âge-là?

NATHALIE

Damel c'est peut-être son oncle.

COTILLARD.

Encore moins. Un oncle! (Riant amèrement.) On n'en porte plus, des oncles I

NATHALIE

Enfin, je n'en sais rien, moi. Vous êtes impatientant, à la fin I

COTILLARD.

Et tu ne vois pas, infortunée, quels sont les projets de cet affreux capricorne?

NATHALIE, jetant un cri.

Ah I qu'est-ce que vous me dites là^ Cotillard I

COTILLARD.

Il est allé chercher du Champagne?

NATLàLIE.

C'est vrai !

COTILLAED.

Du Champagne ! Eh bien l je suis arrivé à temps!

Ai a : Restez f restez, troupe jolie.

Pauvre perdrix, simple et tremblante,

Gr&ce au breuvage meurtrier,

Ta vertu tombait expirante

Dans les filets du braconnier!

Il la mettait dans son carnier !

Le champagn' c'est le plomb qui frappe ..

Quand le chasseur est aux aguets,

La perdrix roug' quelquefois s'échappe,

Mais la perdrix grise, jamais !

NATHALIE

Pour qui me prend-il donc, cet être-là? Ah ! ça crie vengeance!

COTILLAED.

Oui, ça la crie; oui, ça la crie! et nous allons le punir !

NATHALIE

Mais comment?

OOTILLABD, avec force.

Précipitons-nous sur son omelette aux fines herbes !

NATHALIE

Y pensez-vous ?

COTILLAED.

Ah! oui, j'y pense... et depuis longtemps!

NATHALIE

Mais il va revenir, M. Reptile !

L'OMIsLElTl!: FAMASTIQUE. i33

COTILLARD.

Qu'il revienne ! qu'il revienne ! (a pari.) Elle croit que c'est son nom. II n'y a pas de mal. J'avoue que ma position est fausse! mais mon appétit est si vrai !. Ça se balance...

Il s'assied.

NATHALIE; s^assoyanl aussi.

Vous le voulez ? Je m'en rapporte à vous.

COTILLABD, à part.

Enfin, je te tiens, omelette fantastique I

Il se dispose à manger.

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