‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 34 sur 197 · SCÈNE lY · texte numérisé non relu

SCÈNE lY

GASTORINE, seule, une chandelle à la main.

Depuis un mois qu'ici je suis ensevelie, Sans pouvoir me livrer à la moindre folie ; Que, par l'ordre cruel de mon mari jaloux.

Je n'entends que le vent et léchant des coucous. J'ai cessé de le voir, mon trésor, mon illustre. Lui, dont la noble jambe, arrondie en balustre, Ressemble à ces longs bas que des siècles entiers Ont vu servir d'enseigne aux marchands bonnetiers, n est bien jeune encor : mais aux jambes bien nées Le mollet n'attend pas le nombre des années.

D*un air mutin.

J'adore mon mari : d'honneur, il est charmant I Monsieur, il ne veut pas que sa femme ait d'amant ;

D'un air sentimental.

G'est du neuf... Quels transports, lorsque dans sa demeure, Nous causions tous les deux pendant une simple heure ! Une heure est bien étroite, hélas I je m'en souviens. Une heure n'est vraiment pas plus large que rien.

(Même ceci m'inspire un trait fort poétique !) Cette heure-Jâ, c'était le soupirail unique Par où le ciel d'amour, saluant mon réveil, M'envoyait le matih pour un sou de soleil.

Ah ! si pour endormir mes ennuis et ma crainte. Si je me rappelais la suave complainte Dont souvent à mes pieds il chantait un couplet, Tout en s' accompagnant avec le flageolet I...

On entend MoUeffo chanter a>ec accom[uignement de flageolet.

MOLT^EFFO.

Écoutez, peaple de France ; Peuple de Russie aussi. De Bretagne et du Chili, Du Gap de Bonne-Espérance...

GAST0R1N£, avec enthousiasme.

sons mélodieux I musique aérienne I

Je suis dans le Tyrol I... on me transporte à Vienne !

MOLLEFFO, continuant.

Le mémorable accident D'un drame très-conséquent.

CASTORINE

Ah! je le reconnais : c'est son accent si doux! Je vais donc le revoir !

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