CORNARO, MALAGA
MALAGA, entrant par le mur du fond.
C'est moi ! j'arrive pour la rime ; C'est gentil de ma part !
La rime ! qu'est cela ?
Qui m'ose encor parler de ces saletés -là?
Mais songez que jadis, à la raison absente.
Souvent on suppléa par la rime élégante.
CORNARO, d'un air décidé.
On écrit maintenant en prose et sans façon...
MALAGA, a part.
De sorte qu'on n'a plus ni rime ni raison.
Savez- vous, Malaga, la chose qui m'arrive?
Un malheur trois fois plus ennuyeux que... la Juive. Je dormais, je ronflais... et tout ce qui s'en suit, Ne me croyant coiffé que d'un bonnet de nuit. Lorsque dans mon logis ma femme a la bassesse D'introduire un gamin de la dernière espèce.
Ah! vous vous abusez!
102 œRNARO.
COBNARO, s'îndioaiit.
C'est comme j'ai l'honneur D'être, avec dévoûment, votre humble serviteur.
Alors VOUS êtes donc?...
Vous avez dit la chose ; Je suis un Actéon après métamorphose.
C'est juger votre femme avec trop de rigueur. Et tenez, franchement, vous êtes un...
CORNARO, arec fierté.
Blagueur
Oui, même .un vieux.
Non, non, mon épouse me joue; Elle me fait la queue en ruban de Padoue 1 Depuis deux mois passés ma femme me trompait ! Tout est dans ses discours faux, tout... Paix!
Il remonte la scène arec iaquîétnde.
MALAGA, à part, étonnée.
Faux toupet l
CORNARO, redescendant la scène.
J'ai cru qu'elle venait. Pour rentrer en matière. J'ai saisi ce billet aux mains de la portière ; Un cruel incident dont je suis indigné.
C'est que ce billet-là n'est pas du tout signé. Connaissez-vous la main de ces pattes de mouche ? Regardez cet écrit.
Il Ivi donne la lettre.
MALAGA, fort émue et à part»
C'est de lui! Dieu! je louche!
Je donnerais mes jours pour un oui, pour un non.
GORNARO. 103
CORNARO, tirant sa tebatièreet d'un air furieux.
Ah I de cet écrivain pour conaattre le nom.
Moi, je dennerais...
Quoi?
GORNARO.
Mon œit droit, ma main droite Et mon pied gauche avec... et mon nez, et ma botte... Savez-vous qui traça ce billet?
Non!
GORNARO, a^ee force.
Tant mieux !
L'exécrable femelle alors paiera pour deux.
Prenant une prise.
J'ai pour me priver d'elle un moyen homicide, Mais un crâne moyen, un fameux, un solide 1
Il met le doigt à son front d'nn air malin.
J'ai ma petite idée...
MALAGA, à paru
Et moi la mienne aussi.
Haut.
Vous voulez la tuer I bien ! j'approuve ceci. Mais il faudrait sans bruit escoffier madame ; J'aime fort l'arsenic, un demi-kilogramme Serait assez, je crois, pour son tempérament.
GORNARO.
Je ne demanderais pas mieux certainement ; Mais le poison d'abord est un point nécessaire ; Eh bien ! vous me croirez si vous voulez, ma chère. J'ai tant empoisonné de femmes et de rats, Que dans cette maison il ne m'en reste pas, (De venin) pas un brin, pas la moindre parcelle, Pour aller seulement à la saison nouvelle.
aiALAGA.
Qu'importe? moi j'en ai, vous le savez très-bien...
CORNARO, avec joie.
Oh! sacrebleu! c'est vrai! qui vient de votre ancien! Somnifère et poison...
MALAGA, d'un ton mystérieux.
Voulez-vous bien vous taire ?
Vous devez oublier que j'ai le somnifère.
Hier, fort longuement j'ai pu vous en parler; Ce n'est pas un motif pour vous le rappeler.
COUNARO.
Alors je n'en sais rien, c'est convenu d'avance! Allez donc la chercher cette horrible substance. Conclusion: Voilà ce qui nous prouve bien Qu'un bon tyran doit être un peu pharmacien.
Malaga remoutc la 8cëne, Cornaro la retient.
Autre conclusion: Pour obtenir la vogue.
Que faut-il composer, bien souvent? Une drogue!
Elle sort.