‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 44 sur 197 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CORNARO, puis CASTORINE.

CORNARO, d'abord seul.

Descendra-t-on bientôt? (Faisons ma grosse voix; Pour faire de l'effet c'est très-bon quelquefois.) Descendra-l-on bientôt? madame, êtes-vous prête ?

CASTORINE, entrant.

Prête à quoi ?

La demande est passablement bête.

Je suis, et maintes fois vous l'avez éprouvé. Un vieux lapin farouche et qui n'est pas privé. Savez-vous ce qu'on fait aux femmes trop sensibles ?

GASTORINB.

Non!

On leur fait passer le goût des comostibliBS.

CASTORINE

Comment ça?

CORNARO, tirant sa montre.

Je VOUS dis que je veux être veuf, A dix heures sonnant, et comme il en est neuf... Faites votre calcul, vous savez votre affaire.

CA5T0RINE, étonnée.

Mais comme il me dit ça! quel vieux Robert Macaire l

Je vous accorde une heure !

CASTORINE

Et si je ne veux pas!

Monsieur vous dit : Madame, il faut sauter le pas. Sans façon, comme on dit : Allons-nous à la noce?

Mais vous me faites dire une bêtise atroce !

Je n*ai pas dit: Madame; et de vos tours affreux, Si je voulais parler, nous vous aimons à deux ; Dirais-je donc les traits et les tours de madame; Je dirais tout au plus les tours de notre dame. Je crois savoir ma langue.

CASTORINE, à part.

Affreux grammairien !

CORNARO, s'appuyant snr la table et prenant une attitude tragique.

Cependant, notre dame, il vous reste un moyen D'échapper au décès.

CASTORINE

Lequel ?

Il faut me dire Quel est le paltoquet qui s'est permis d'écrire

Le billet que voici.

CASTORINE, à part.

J'ai froid! j'ai froid! j'ai froid!

CORNARO, après avoir élè la regarder de trèt-prèt. .

Si c'est un calembourg, il est fort maladroit.

CASTORINE

Grâce !

CORNARO, arec force.

Grâce pour vous ! cet objet-là, ma chère, Je le refuserais même aux os de ma mère !

Voyez un peu!

Grand Dieu ! que c'est de mauvais goût I

CORNARO, d'aa ton très-calme.

Parce que j'ai dit ça? ça ne fait rien du tout; Puisque je suis tyran, il faut que mon ramage, Pour être conséquent, ressemble à mon plumage.

' CASTORINE, à part.

Absurde scélérat!

HauU

Mais vous ignorez donc Que pour un pareil trait il n'est point de pardon ?

Qu'importe? vous savez? chez vous, de mère en fille, L'adultère toujours fut un mal de famille :

Défunt votre grand-père, et certes il eut raison, Fit condamner sa femme en trois ans de prison ; Sa fille, quoique borgne et rousse de naissance. Du panier conjugal fit très-bien danser l'anse; Son époux invoqua l'article Thomassin, Et l'appliqua lui-même...

Il fait le geste d'qppliquer des coups de canae. CASTORINE.

Exécrable assassin,

Vous avez sur mes jours renversé du cirage.

Ma vie en est noircie à sa plus belle page.

Notre dame ! ea vos mains je laisse ce billet, Vous écrirez au bas le nom du gringalet.

Eh bien ! non I

Vous avez une heure!

CASTORINE

Malhonnête !

Je vous ai déjà dit que je ne suis pas prête, M*habiller, déjeuner, mourir et caetera, Et vous ne me donnez qu^une heure pour tout ça?

C'est tout le temps qu'il faut.

CASTORINE

Je demande une année, Un mois, huit jours, un jour, une demi-journée.

CORNARO, en sortant et d'une Toix éclatante.

Je VOUS accorde une heure, et vous le dis tout sec ; Je vous accorde une heure et pas un fichtre avec.

Il aort.

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