‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 46 sur 197 · IV · texte numérisé non relu

IV

ilO CORNARO.

MALAGA, à part.

Elle a bien ses raisons !

CORNARO, à part, regardant let deux bouteilles qu'il porte.

Je me sens mal à Taise entre ces deux poisons.

Il pose les bouteilles sur la table et se met à en déboucher une. D'une voix caTemense.

Ah ! c'est fini de rire ! il faut gober la chose Avec délicatesse... Ah ! ah ! tout n'est pas rose Dedans la vie humaine ; il est des jours foncés.

MALAGA, à part.

Des jours jaunes..,

CORNARO, toujours d'une voix sombre.

Couleur des maris enfoncés I

Il présente un verre plein k Castorine.

Buvez à ma santé ceci.

CASTORINE, avec dignité.

Je VOUS méprise I

CORNARO, étonné.

Ahl la réplique est bonne et vaut qu'on la redise... Vous me méprisez?

CASTORINE

Oui.

J'avais bien entendu; Mais je ne m'étais i)oint à ce style attendu !

CASTORINE

Parlons plus simplement ! vous êtes un gros cuistre Parfaitement infâme... Offrir d'un ton sinistre Un verre à pied rempli de ce coco mortel I Mais jamais sur l'honneur on ne vit rien de tel. Vous êtes un tyran, un Turc de mélodrame !

A Malaga.

De ce mâle hideux que pensez-vous. Madame?

Ce que je pense? hélas ! ne m'interrogez point.

Si I je veux le savoir; j'insiste sur ce point.

Pour lui, si je pouvais, vu sa fare furie, J'obtiendrais une bourse à la ménagerie ; Oui, je voudrais qu*à l'arbre on le fit travailler, Et que sur ses vieux jours on le fît empailler, Puis mettre au cabinet d'histoire naturelle.

CORNARO, à part.

Le mot est dur pour moi.

CASTORINE, à Gornaro.

Vous, que pensez-vous d'elle?

A part.

Ce que j'en pense?... Ah! ah I je ne m'attendais pas A cette question. Ça me casse les bras...

HaaU

Je pense qu'il faudrait vous dépêcher de boire, . Au lieu de vous lancer dans l'interrogatoire ; Allons I ferme I avalons I voici le vrai moment !

CASTORINE

A Malaga.

Non I je ne boirai pas. Quel affreux garnement I

Elle se jette aux pieds de Malaga«

Madame, vous voyez ses desseins malhonnêtes ! Il veut m'empoisonner. Est-ce que vous en êtes, Vous? parlez, répondez I

CORNARO, brusquement.

Avalez vite et prompt !

CASTORINE, vivement.

Ah ! vous m'interrompez l

A Malaga.

Hein! comme il m'interrompt?

Elle se relève, et dit au publie :

M'interrompt-il assez?

CORNÂRO, lui tendant le ^erre.

Faut-il qu'on vous contraigne?

Je suis las! pour un bras prenez-vous mon enseigne? Serai-je donc réduit à vous pincer le nez Comme on fait quelquefois aux enfants obstinés?

CASTORINE

Je n'ai pas soif du tout; je Tai dit : j'y persiste.

CORNARO, à Malaga.

Alors, c'est à nous deux; et puisqu'elle résiste,

Il pose le verre sur la table.

Prenez-la par les bras, je vais pincer l'objet. Et lui jeter ceci dans le cou tout d'un jet.

CASTORINE, d'un ton menaçant.

Eh bien ! osez venir, je mords et j'égratigne. Et je fais un sabbat, mais un sabbat indigne.

MALAGA, à Cornaro, le prenant à part.

Au fait, ses cris pourraient faire accourir quelqu'un.

D'un air important.

Il est un précédent : l'anguille de Melun.

CORNARO, interdit.

La remarque est puissante! Il me faut du mystère,

A Castorine.

Attendez un instant!

CASTORINE, avec crainte.

Quoi donc?

CORNARO, à part.

J'ai mon affaire.

Il sort d'un air sombre.

Page 1