SCÈNE VI MOLLEFFO, CASTORINE
MOLLEFFO, entrant par le mur du fond.
C'est moi, mon cher amour, je viens mal à propos.
CASTORINE
Mais pourquoi donc viens-tu?
MOLLEFFO.
Pour troubler ton repos.
CASTORINE
Parlons raison. Sais-tu ce qui te reste à faire? Va fermer en dehors notre porte cochère.
MOLLEFFO, étonné.
En dehors? c'est me dire alors de m'en aller? ^
CASTORINE
C'est mon intention; ton jeu, c'est de filer; Pour ton dos, MollefTo, le temps est à la pluie. Je crains de coups de canne une averse inouïe.
MOLLEFFO.
Mais mon guignon, vraiment, commence à m'abrutir. Quand j'entre dans ces lieux, c'est toujours pour sortir. Vite! allons! mettez-moi ma canné sur la tète. Mon chapeau dans la main!... Mais non! que je suis bôlc!
CASTORINE
Attends encore un peu! tu sais que ma pudeur N'accorda jamais rien à ta brûlante ardeur.
MOLLEFFO, étonné.
Eh bien ?
CASTORINE, d'un air résolu.
Ce n'est plus ça; j'ai changé de nature, Par-dessus les moulins je jette ma coiffure.
Allons! ferme! un baiser!
MOLLEFFO, de plus en plus étonné.
Uû baiser?
CASTORINE
Je le veux.
M014LEFFO.
Ah! je me sens ému des orteils aux cheveux !
CASTORINE
C'est mon idée, à moi, je bannis toute crainte. Il me faut un baiser...
MOLLEFFO, à part et avec joie.
Étrange coloquinte!
Il lui donne un baiser.
Le baiser demandé? voilà !
CASTORINE
Bien! pars sans bruit.
MOLLEFFO, à part en sortant et d'un air triste.
. Quoi de plus attristant qu'un amoureux qui fuit!
Il sort par le mur du fond.