LES MÊMES, JOCRISSE
JOCRISSE, dans le fond du théâtre.
Monsieur!...
DUVAL
Qu'est-ce encore?...
Le clerc de votre notaire vient de venir.
DUVAL
Fais-le entrer.
JOCRISSE, faisant un pM pour lortir.
Le faire entrer? Oui, Monsieur. (Retenant avec embarras.) C'est que... je l'ai renvoyé.
DUVAL
Allons!... je te reconnais là.
JOCRISSE, tirant un papier de sa poche.
Mais j'ai pris un papier qu'il apportait.
DUYAL, preiM&t 1« papier.
C'est bien heureux I Et pourquoi avoir renvoyé ce . jeune homme?
* JOCRISSE
Dame, Monsieur, vous m'avez dit : « Ne laisse jamais entrer les gens de mauvaise mine, » et c'est un petit maigre...
DUYAL, à ItU-méme.
Il est inconcevable I
JOCRISSE, avec doulear.
Mais je ne sais plus où donner de la tète, moi ! il est maigriot, il est pâlot! si c'est ça avoir bonne mineî...
DU VAL
Mais tu le connais, tu sais que c'est le clerc de mon notaire.
JOCRISSE
Oui, mais je lui ai dit de revenir quand il se porterait mieux, vu que j'avais ordre...
DUVAL
Tais- toi! il a dû rire et se moquer de toi...
JOCRISSE, se remettant et d'un air gai.
Il a ri tout de même ; nous avons ri tous les deux assez gentiment;
Ici, Charlotte Ta prendre le tase qu! est sur le secrétaire, elle le pose sur la table à droite, pow réponiseter, et Vj laine»
DUYAL, dépliant le papier.
Ah ! c'est le contrat de mariage ; voyons si la fameuse clause à laquelle le beau-père tient tant est bien... Oui... (ti m.) « Le futur époux s'engage à verser aux mains, de la future, et ce, la veille de la oélé-
lA SC£UR DE JOCRISSE. 45
bration, une somme de quinze mille francs, en espèces, pour épingles. />
JOCRISSE, à pwt.
Quinze mille francs d'épingles!... Elle a donc bien des choses à attacher pour la noce?
DUYAL, à part.
Cette clause est un jpeu rude; mais j'ai promis et je veux que ce soir même M. Duchanel ait ce contrat en sa possession. Ils vont venir.
CHAELOTTB.
Ah ! Monsieur, vous faire comme ça donner une grosse somme d'avance !
DUVAL
II me croit avare, intéressé, je tiens k le désabuser.
JOCBISSE, à ptrU
Avare, lui? un homme qui donnerait sa chemise pour nourrir les indigents. Oh ! j'enrage, je bisque!
Il frtppe du pied.
DUVAL
Qu'est-ce donc?
JOCBISSE, trtnqvUleoMot,
Rien, Monsieur.
DUVAL
Mais tu frappes du pied.
JOCBISSE.
Oui, c'est... c'est une araignée queje>.. chagrinais légèrement dans sa promenade.
Il remoBto la Mène.
CHABLŒCTE, en soupirant.
Ainsi, Monsieur, il n'y a pas à revenir là-dessus?
la LA SOEUR DE JOCRISSE.
Non , ma chère enfant; demaiil, à midi précis ,\ monsieur le maire proclamera le mariage de ton maître, (a. jocnsse.) A propos,' as-tu fait ce que Je t'avais dit pour la mairie ?
JOCRISSE
Oui, Monsieur, c'est fait; j*y suis été*» j
DUVAL
Donne-moi ma montre.
JOCRISSE, étonné.
Votre montre?
DUYAL, arec impatience»
Coniment! tu n'as pas ma montre?
JOCRISSE
Dame, Monsieur, j'ai fait ce que vous m'avez commandé. Qu'est-ce que vous m'avez dit? Jocrisse, v'ià n(ia montre; comme je tiens à être exact à l'heure, prends-la, et va la mettre sur la pendule de la mairie.
DUVAL
Eh bien? '
JOCRISSE
Eh bien! je Vous ai obéi; j'ai mis votre montre sur la pendule de la mairie. Elle.y est.
DUVAL, furieux.
Imbécile! double bûche!
CHARLOTTE, se plaçant entre eux.
Monsieur, grâce pour lui, il n'a pas compris.
DUVAL
11 faut que je coure à la mairie, à présent, pour retrouver ma montre; une montre qui vient de mon oncle... Le stupide animal î
JOCBISSB, à ptrt, d'ott air tcandaUté.
Qb! comme il traite son oncle !
DITYAL.
Voyons* ma canne, mon chapeau.
JOCBISSE.
. Voilà, Monsieur, voilà !
U donne à Duval ion chapeau, et lai préieate la eanne d« celé du bout, DuTal la prend sani t'apercevoir que la canne eit renTcnée.
DUVAL, à lui-même.
Je ne pourrai pas garder ce malheureux ! (a Joeriiae.) Tu as donc perdu la tète?
JOCRISSE, regardant la canne.
En effet, la tête n*y est plus.
DtJVAL.
i Quoi ? (Il regarde U canne.) Tu mériterais que je te la cassasse sur les épaules.
OHABLOTTE, ae plagant entre eux.
Monsieur ! . . . Monsieur ! . . .
DUVAL, furieux.
Je sors, car... imbécile homme inepte!
crétin !
JOCRISSE, humblement.-
Avec plaisir, Monsieur.
Duval lort par le fond.