‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 5 sur 197 · SCÈNE III CHARLOTTE, DUVAL · texte numérisé non relu

SCÈNE III CHARLOTTE, DUVAL

CHARLOTTE

Ce pauvre garçon!... comme vous le tarabustez!

DUVAL

C'est malgré moi ; mais il est impossible de vivre avec lui... je serai obligé de le renvoyer; j'en aurai du regret, car je lui suis attaché; il le sait, il y compte... et voilà pourquoi il fait tant de sottises.

CHAELOTTE.

C'est sa timidité qui le rend maladroit; il n'a pas beaucoup d'esprit... et alors...

DUVAL

S'il savait seulement la moitié'de ce que tu sais...

CHARLOTTE

Monsieur, c'est que vous m'avez gâtée, moi... vous m'avez fait donner de l'éducation; lui...

LK SOEUR 0£ JOCRISSE. Il

DTJVAL.

L'ai-je pu pour lui?.,, une nature rebelle...

GHABLOTTS.

Soyez patient, Monsieur, je vous en prie, il se corrigera.

DTTVAL.

Je le désire ; il est le fils d*un vieux serviteur de mon oncle: vous êtes nés tous deux dans cette maison, etje voudrais que vous n'en sortissiez jamais.

CHARLOTTE, «Tec intention.

Oh ! vous allez vous marier ; ça change bien des choses.

DUVAL

Quoi?... Je prétends bien rester le maître.

CHARIiOTTE.

Des idées de garçon, ça... Enfin, Monsieur, vous le voulez.

DtJVAL.

Et ce projet n'a pas ton approbation?

CHAIUiOTTE.

Je n'ai pas de conseils à donner à Monsieur.

DUVAL

Mais puisque je te consulte, c'est pour avoir ton avis... Un vieux garçon sans famille, il n'y a rien de plus inutile au monde... c'est... je ne sais pas, moi... c'est... une truffe qui n'a point de racines et qui ne produit pas de fleurs I Je suis seul... et c'est pour mettre un terme aux ennuis de cette solitude que je me suis décidé à prendre une femme.

CHABLOTTS.

Si c'est comme ça» vous avez eu raison, et sans doute mademoiselle Duchanel...

DTJVAL.

Mais tu me dis cela d'un air... Du reste, je n'ai pas choisi... le hasard a tout fait... j'ai rencontré ma future en diligence...

CHARLOTTE

Tiens !

DUVAL

Je revenais de Nancy à Paris, peu de temps après la mort de mon oncle; j'étais triste, préoccupé... Herminie et son père, M. Duchanel, étaient placés sur la banquette vis-à-vis de moi... Entre Nancy et Bar-le-Duc, ils remarquèrent mon air abattu; le père m'en demanda la cause en soupant à Bar; je ne répondis rien. Cependant, en arrivant à Saint-Dizier, je lui dis : « Monsieur, vous me demandez ce que j'ai? » Je lui contai l'affaire. La confiance vient vite en diligence.

CHARLOTTE

Plus vite que les réponses, à ce qu'il parait.

DUVAL

Une fois à Vitry, nous étions les meilleurs amis du monde. J'avais échangé plusieurs coups d'œil avec sa fille entre Châlons et Épernay; c'est là que j'en devins éperdument amoureux...

CHARLOTTE

Amoureux !

- DUVAL, se reprenant vivement.

Ou plutôt, non ! je n'éprouvai ce sentiment violent qu'un peu avant Château-Thierry, ce qui me contrariait beaucoup, ayant encore vingt-deux lieues à faire.

CHABLOTTE.

Ah ! vous vous êtes alors enhardi?

DUVAL

Pas trop, je suis timide; cependant je me hasardai à lui serrer la- main à Meaux, «et à Bondy le père m'engagea à venir les voir. Depuis mon arrivée tout s'est arrangé, et demain...

CHARLOTTE, ea soupirant.

Demain? Vous Taimez donc bien, cette demoiselle Herminie ?

DUVAL

Je le crois.

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