SCENE VIII
ISIDORE, puis PAMÉLA.
ISIDORE, d'abord seul, très-animé.
Il m'a électrisé!... oui!... si elle était là, je sens que je serais très... spirituel et très-audacieux;.. Ah ! quel dommage qu'elle ne soit pas là !
PAMÉLA, venant de la droite.
On n'y voit goutte là-dedans... c'est d'un sombre...
ISIDORE, interdit. ,
Dieu!... c'est elle!... Ah! mon Dieu!... ah! mon Dieu!...
Il recule effra'yé jusque derrière la chaise qui est à la table à gauche.
PAMÉLA
Tiens, vous voilà !
Elle travaille à la robe de Pauline.
ISIDORE, avec embarras.
Oui, oui, mam'zelle, oui... (a part.) Si j'essayais du
premier moyen... (Haut, en jouant avec la chaise pour se donner ><ne contenance.) Oui, OUi, mam'zellC. . . (A part.) Jc UÙ trOUVe
rien, quel ennui!... moi qui avais tant de choses à lui dire... Je ne me rappelle plus au juste... mais, bien sûr, c'était plus drôle que ça !
PAMÉLA, lui prenant la chaise des mains.
Bien obligée, jeune homme! (EUe s*assied un peu à gauche
^t coud.) Ah ! j'ai une envie de dormir à quarante sous par tête... C'te scélérate de Polkanka, ça vous confond les jarrets!.*.
ISIDOBE, cherchant à faire l'aimable.
Polkanka?... J'ignore qette manière de prononcer... Je vous l'ai vue danser cette nuit, de cette fenêtre... et je me disais en vous voyant... Si vous saviez ce que je me disais... en vous voyant!.,.
PAMÉLA
Eh!ben!... qu'est-ce que vous disiez!... (a part en riant.) A-t-il l'air bête, ce pauvre garçon !
ISIDORE, changeant d'intention.
Mademoiselle, savez-vous ce que je pense dans ce moment-ci?
PAMÉLA
Ah ben! en v'ià une salée, de question!... Et comment diable voulez-vous que je le devine?
ISIDOEB.
Je pense que vous avez bien de l'esprit.
PAMSLA, sans le regarder et travaillant à part.
Ah ben ! je ne pourrais pas lui rendre le réciproque, comme on dit.
ISIDORE
Et que, ayant de l'esprit comme vous en avez, si jamais vous vous mariez, vous rendrez votre mari bien heureux !
PAMÉLA, piquée.
Comment? si jamais je me marie? Eh bien ! je vous trouve gentil... Vous croyez donc'que je ne trouverai pas à me marier?
ISIDORE, vivement.
Ohl Dieu! plutôt dix fois qu'une!... tout Tesprit étant d'un côté, votre mari sera doublement heureux de trouver dans sa femme...
PAMÉLA
Eh ben! c'est encore pas trop mal gracieux! c'està-dire, à vous entendre, que je ne trouverai jamais qu'une oie !.. . Merci !
ISIDORE, désolé.
Mais non 1... mais non!... ah ! j'ai du malheur!... je vous ai déplu... moi qui aurais tant voulu...
PAMÉLA
Me plaire, peut-être?...
ISIDORE, comme malgré lui.
Oh!
PAMÉLA, riant.
Ah ben ! . . . vous y êtes drôlement ! . . . Vous prenez par Pantin pour aller à Arpajpn, mon cher!...
Elle continae de coudre sans s'occuper d'Isidore. ISIDORE, à part.
Décidément, je crois que je n'arriverai pas par ce moyen-là!... Essayons de l'audace, qui réussit toujours, à ce que dit Lambert. (U tourne autour de PaméU taas oser l'aborder.) AllOUS, de la témérité... (Il tourne toujours.)
Qu'est-ce que je pourrais bien lui faire ? (u prend son
essor comme pour d'élancer vers- elle, puis il s'arrête interdit,] C est
étonnant comme on a peur quand on est audacieux !
Il tourne toujours derrière Paméla.
PAMÉLA, (raraillant sans le regarder.
Jeune homme!... comment est-ce qu'on vous appelle ?
ISIDOBS, TÎTement.
Isidore, Mademoiselle...
PAMkTjA, ttBS le regarder.
Eh ben! puisque je jouis de votre nom, actuellement, je vous dirai, monsieur Isidore, que vous me tournez au cœur, en tournillant autour de moi, comme un chien qui fait son lit...
ISIIK)BE, décoDcerté.
Ah! j'ignorais... je suis bien fâché... je ne voulais pas... vous incommoder...
PAMÉLA
Il n'y a pas d'offense.
ISIDORE, à part.
Quel beau col elle a!... et blanc!... un cygne!... J'en vois justement un ; mais il est noir celui-là, et si ce n'était le nœud de ce bonnet... (u le relève.) Oh !
que c'est joli là-dessous!... (U fait, avee la bouche le geste d*embrasser et n*ose pas.) Muh ! . . . muh ! . . •
PAMÉLA
Voilà qu'il me chatouille, à présent!... (EUe se retourne, Toit Isidore derrière elle et se lève -viTcment.) Comment !
vous alliez m'embrasser?
ISIDORE, Tivement et avee coftfnsion.
Non!... oh! non. Mademoiselle... n'allez pas croire... je n'aurais jamais osé... oser!... vous êtes bien trop respectable...
PAM£LA, scandalisde, elle a posé la robe sar la table à droite.
Respectable!... ah! voilà le bouquet! j'ai donc quatre-vingts ans, à vous entendre? M'embrasser, passe encore, ça se fait, mais me traiter de respectable !... vous êtes un mal appris, mon cher!
ISIDOEB.
Mon Dieu! mon Dieu? vous avez mal interprété...
(Il fouille machinalement dans sa poche et en retire la broche.) Je SUIS
désolé... Ohl comme ça se trouve... troisième moyen!... la broche à papa!...
Air des Artistes par occasion.
Si ma conduite est une injure, Daignez oublier mon erreur; Je voulais vous laisser, j'en jure, Un souvenir bien plus... flatteur!
Il montre la broche.
J*avai8 là... cette... bagatelle 1 Je disais : C'est bien peu pour elle!...
Je voulais vous Tofifrir... pourtant Je ne l'ai pas osé...
PAMÉLA
Vraiment ?
ISIDORE
On craint d^offenser une belle.
Quand on sV prend trop brusquement.
PAMÉLA
Même air.
Votre conduit' fut très-légère.
Mais tout gtt dans Tintention ;
Il n'est de règle si sévère
Qui n'admette une exception...
Quand douc'ment de moi Ton s'approche...
ISIDORE, avec joie.
Quoi I sans me faire aucun reproche, Vous acceptez?...
PAMÉLA y avec sévérité.
Un p'til moment !..• ISIDORE, avec chagrin.
Vous refusez?...
PAMÉLA, avec dignité.
Certainement!...
Je la refuse*. • comme broche, MaiBj' Taccepte... comm' sentiment.
ISIDORE, aTec joie.
EH* la re ruse comme broche, ENSEMBLE. ( Mais ell* Taccepte comm* sentiment.
PAMÉLA
Je la refuse... etc.
ISIDORE, au comble de la joie.
Vrai? est-il possible I.., vous acceptez?... Elle accepte!... j'ai réussi!..* Si vous saviez la joie que j'éprouve, le plaisir que ça me fait!... Et vous vous souviendrez de moi?...
PAMÉLA, mettant la broche.
Toujours et encore!;., (a pari.) C'est une chose
étonnante qu'il n'y a que les très jeun-hommes et
les hommes respectables qui donnent dans c'te quin-
. caillerie-là... ça ne fait pas l'éloge du moyen-âge,
savez-vous ?
ISIDORE, la regardant avec admiration.
Et vous me laisserez causer avec vous?... c'est que, voyez-vous, je suis très-timide...
PAMÉLA, riant.
Ah ! vous êtes j eune ! . . .
ISIDORE, naïvement.
Dix-neuf ans.
PAMÉLA
Je ne vous demande pas si vous êtes jeune, je vous dis que vous êtes jeune ! et j'ajoute que, par la suite des temps, vous deviendrez un fameux mauvais sujet I