SCENE YII
ISIDORE, puis LAMBERT.
ISIDOBE, seul.
Elle est là I... Oh! rien que cette idée-là, ça me fait un effet...
LAMBERT, sortant de chez lui, à la cantonade.
Le temps de faire deux visites, et je reviens.
ISIDORE, allant vivement à lui.
Ah! Lambert! Lambert!... mon ami!... J'ai vu
une femme! une femme charmante!... une femme adorable, un ange... une...
LAMBERT
Diable! seriez-vous amoureux?
ISIDORE, balss&ut les yeux.
Oh ! Lambert, pouvez-vous supposer?... J'admire, mais je ne suis pas... ce que vous dites!... Oh! non! Je désirerais seulement pouvoir causer avec elle ; on dit qu'on se forme dans la société des femmes, qu'on devient spirituel... Je voudrais bien me former; et devenir spirituel... Oh! j'ai bonne envie d'apprendre, allez!
LAMBERT, riant.
Je vois!... et vous avez besoin d'un avis, pour entrer en relations?
ISIDORE
Âh ! oui, Lambert.
LAMBERT
D'abord, quelle est cette dame?
ISIDORE, scandalisé.
Une dame? me croiriez-vous capable d'entraîner uoe malheureuse épouse dans l'article 337... Oh! non!... c'est une demoiselle... et qui a un état bien joli... couturière!
LAMBERT, gaiement.
Couturière?... Cela aplanit bien des difficultés.
ISIDORE, avec joie.
Vous croyez?
LAMBERT
Mon ami, il y a trois moyens de se faire écouter des femmes.
loO UN DOCTEUR EN HERBE.
ISIDOBE, BTeejoie.
Trois! oh! tant mieux! je les prends tous les trois.
LAKBEBT.
Le premier, c'est l'esprit.
ISIDOBE, «n peu déconcerté.
L'esprit?.., Ah! c'est l'esprit?
LAMBEBT, TiTement.
Soyez vif, brillant, léger... toutes les femmes vous écouteront!
ISIDORE
Oui, oui, je crois bien... (ingénumenu) Lambert, si ça VOUS était égal, j'aimerais mieux le second moyen.
LAMBEBT.
Il est plus infaillible encore;... c'est l'audace, la témérité!...
ISIDOBE, effrayé.
Comment l'audace?
LAMBEBT, avee gaieté et TiTcmeat.
Braver tous les obstacles, sauter à pieds joints sur les pères, sur les oncles... mâles ou femelles... séduire les portiers, faire parvenir des déclarations par des voies inconnues, tenir les patrouilles pour des chimères, considérer l'écharpe municipale comme un simple préservatif contre l'obésité... au besoin, triompher par escalade, avec ou sans effraction !
ISIDOBE, TÎTement.
Arrêtez !... Et le code pénal, mon ami?... Oh ! si c'est ce genre d'audace qu'il faut déployer... décidément, je préfère le troisième moyen !
LAMBEBT.
Le troisième moyen, c'est le plus sûr de tous, surtout avec une grisette.
ISIDOBB.
Il paraît qu'ils sont tous très-bons. .. Voyons donc ! voyons donc! Qu'est-ce que c'est?
LAHBEKT.
Ce sont les cadeaux !
ISIDORE, scandalisé.
Mais c'est de la corruption, çal
LAMBERT, gaiameat.
D'accord ; mais que voulez-vous?... Il faut attaquer l'ennemi par son côté faible... Et, généralement, la beauté capitule quand on la canonne avec de la bijouterie.
ISIDORE
Vraiment?
LÂHBEBT.
J'en suis sûr. Maintenant, vous voilà renseigné, je vous laisse. Je donne, ce matin, un punch d'adieu à d'anciens camarades de l'école, et il fîiut que je voie mes malades auparavant, dans leur intérêt.
ISinOBE.
Dites-moi, Lambert, c'est que je n'ai pas de bijouterie pour,., canonner, comme vous dites...
LAMBERT
Tant mieux; vous essaierez de mes deux premiers moyens... ils sont économiques.
ISIDOBE, t'aninant.
Oui, Lambert 1
/ IjAMBERT.
Je n'emploie que ceux-là...
ISIDORE, s'animanl daTanUjçe.
Oui, Lambert !
LAMBEBT.
Allez I poussez ferme !
ISIDORE, avec assorance.
Oh! oui, Lambert!
Lambert sort et ferme la porte du fond.