‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 8 sur 197 · SCÈNE VI CHARLOTTE, DUVAL · texte numérisé non relu

SCÈNE VI CHARLOTTE, DUVAL

DXrVAL, entrant par le fond, et dépoiant sa caque mr le guidon

à guielM.

Ah! Charlotte... ma future et son père ne viendront pas dîner... il faudra seulement servir du thé et des gâteaux.

CHARLOTTE

Ça suffit, Monsieur.

DTJYAL.

Tu as tout ce qui est nécessaire ?

CHABIiOTTIS.

Certainement... j'ai de Teau qui. bout, et quand on voudra...

DUVAL

Ah çà! qu'as-tu donc?... je te trouve une mine toute singulière...

GHABLOTTS, tTêe im emlMrras calculé.

Moi?

DITVAL.

Oui... tu as un air de contrainte et d'embarras qui ne t'est pas ordinaire.

OHAJaU)TT£.

Tenez... c'est que je suis encore émue de ce qui s'est passé en votre absence.

DUVAL

Quoi donc?

CHARLOTTE, avec effort.

Mon pauvre frère... est fou !...

PXTYAIi.

Comment,- fou?

OHABLOTTIL

Ou à peu de chose près... et c'est Texcès de son attachement pour vous qui lui tourne la tête... il a, comme on dit, une idée fixe... impossible de la faire changer... Vous avez vu comme il a tapé du pied quand vous lisiez ce contrat qu'on vous a apporté...

DUVAL

Oui... et j'avoue que je ne l'avais jamais vu si animé.

CHARLOTTE

C'était bien pis quand vous ayez été parti... Il revenait toujours sur ce qu'on vous faisait payer une si grosse son^me pour consentir au mariage... c'est affreux, qu'il disait!... c'est indigne!... Monsieur ne peut pas signer ça..;

Vraîmen t ! . . . pauvre Jocrisse !

CHABLOTTE, d'un aoeoit pénétré.

Oh! oui, Monsieur, et ça lui fait Sien du chagrin ! oh ! bien du chagrin !

ÂI& du Bttii«r ûu poirteur.

Car ce garçon, quoiqu'il soit un p6a bêle, U me disait avee bien d' la candeur ; Je ne crois pas à Tamour qu'on achète,

Not' pauvre matlr' I c'est une horreur I

On veut lui vendre eoo bonheur ;

Puis il disait : Oui, ça m' feod l'âme

De r voir ainsi s'humilier,

Baistant les yeox avec intention.

Lui qui trouverait si bien un' femme

Et sans avoir riea à payer.

DUVAL

Il a dit cela ?

CHAELOTTB.

Et il a eu raison; il ne faut pas lui en vouloir, c'est le cœur qui parle.

DUVAL

Je ne lui en veux pas, mon Dieu; c'est sa maladresse qui m'anime contre lui. Un garçon qui n^e casse la moitié de mon revenu.

CHARLOTTE

Je sais bien.

DUVAL

Et ce qu'il ne casse pas, il le brûle. Enfin, hier je l'envoie chercher une cravate dans mon armoire, il met le feu à mon linge.

CHAELOTTB.

Qh ! ce n'était rien. .

DUVAL

Parce que nous sommes arrivés. Je ne peux pourtant pas porter des gilets en fer-blanc et des chemises en toile ipétallique.

CHARLOTTE

Ce qu'il vient de faire est bien pis que ça

DUVAL

Comment?

CHARLOTTE

Je n'ose pas vous le dire.

DUVAL

Parle! je le veux !...

CHARLOTTE

Il s'est emparé du contrat, il l'a déchiré en morceaux et l'a jeté dans le feu*.

DUVAL

Est-il possible!

CHAELOTTB.t

Je n*ai pas eu le temps d^arrèter son bras. (Montrant le morceau à demi-brûié.) Voilà tout ce que j'ai pu sauver !

DUVAL

Quelle abomination!... Me voilà dans un affreux embarras.

CHARLOTTB.

C'est ce que je lui ai dit.

Et qu'a-t-îl répondu, le drôle?

CHARLOTTE

Il m'a dit : Ça ne fait rien ; c'est un petit malheur qui ne change rien aux sentiments de la demoiselle, puisqu'elle aime monsieur pour lui.

DUVAL

Il t'a dît cela?

CHARLOTTE

Et ce n'est pas trop mal raisonner.

DUVAL

En effet, (a part.) Ah çà mais ! il garde donc tout son bon sens pour le dépenser en mon absence? (Hant.) Tiens, Charlotte, c'est un affreux malheur qui m'arrive là; le père est un homme méticuleux...

CHARLOTTE

Qu'importe, si la fille vous aime ?

DUVAL, d'un air de doute.

Oh!

CHARLOTTE

Vous n'avez pas l'air d'en être sûr.

Page 1