‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 113 sur 183 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

CASSANDRE, LE ROY, LE PRINCE, LE DUC, OCTAVE, Gardes.

Cassandre, aux pieds du Koy, pleurant.

Grand roy, de l'innocence auguste protecteur. Des peines et des prix juste dispensateur, Exemple de justice inviolable et pure, Admirable à la race et présente et future; Prince et père à la fois, vengez-moy, vengez-vous, Avec vostre pitié meslez vostre courroux, Et rendez aujourd'huy d'un juge inexorable Une marque aux neveux à jamais mémorable.

Le Roy, la faisant lever.

Faites tresve. Madame, avecque les douleurs

i58 VENCESLAS.

Qui VOUS couppent la voix et font parler vos pleurs.

Vostre Majesté, Sire, a cogneu ma famille.

Ursin de Cunisberg, de qui vous estes fille, Est descendu d'ayeux yssus de sang royal, Et me fut un voisin généreux et loyal.

Cassandre.

Vous sçavez si prétendre un de vos fils pour gendre Eust au rang qu'il tenoit esté trop entreprendre !

Le Roy.

L'amour n'offense point dedans l'égalité.

Cassandre.

Tous deux ont eu dessein dessus ma liberté, Mais avec différence et d'objet et d'estime : L'un, qui me creut honneste, eut un but légitime, Et l'autre, dont l'amour fol et capricieux Douta de ma sagesse, en eut un vicieux. J'eus bien-tost d'eux aussi des sentimens contraires. Et, quoy qu'ils soient vos fils, ne les treuvay point frères. Je ne les pus aymer ny hayr à demy : Je tins l'un pour amant, l'autre pour ennemy; L'infant par sa vertu s'est soumis ma franchise, Le prince par son vice en a manqué la prise ; Et par deux differens, mais louables effets, J'ayme en l'un vostre sang, en l'autre je le hays. Alexandre, qui veid son rival en son frère, Et qui craignit, d'ailleurs, l'authorité d'un père, Feit, quoy qu'autant ardent que prudent et discret, De nostre passion un commerce secret.

Et, sous le nom du duc déguisant sa poursuitte, Mesnagea nostre veuë avec tant de conduitte

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