ACTE IV. SCENE VI. i6i
Et, s'il ne vous émeut, sçachez où l'on l'a pris; Vostre fils l'a tiié du sein de vostre iils; Ouj, de ce coup, Seigneur, un frère fut capable ; Ce fer porte le chiffre, et le nom du coupable Vous apprend de quel bras il fut l'exécuteur. Et, complice du meurtre, en déclare l'autheur; Ce fer qui, chaud encor, par un énorme crime, A traversé d'amour la plus noble victime. L'ouvrage le plus pur que vous ayez formé, Et le plus digne cœur dont vous fussiez aimé; Ce cœur, enfin, ce sang, ce fils, cette victime. Demandent par ma bouche un arrest légitime : Roy, vous vous feriez tort par cette impunité. Et, père, à vostre fils vous devez l'équité; J'attends de voir pousser vostre main vengeresse, Ou par vostre justice, ou par vostre tendresse ; Ou, si je n'obtiens rien de la part des humains, La justice du Ciel me prestera les mains ; Ce forfait contre luy cherche en vain du refuge , Il en fut le témoin, il en sera le juge; Et, pour punir un bras d'un tel crime noircy. Le sien sçaura s'estendre, et n'est pas racourcy, Si vous luy remettez à venger nos offenses.
Le Roy.
Contre ces charges. Prince, avez-vous des défenses?
Le Prince.
Non, je suis criminel, abandonnez, grand roy. Cette mourante vie aux rigueurs de la loy; Que rien ne vous oblige à m'estre moins severe. Supprimons les doux noms et de fils et de père, Et tout ce qui pour moy vous peut solliciter. Cassandre veut ma mort, il la faut contenter;
i62 VENCESLAS.
Sa haine me l'ordonne, il faut que je me taise, Et j'estimeray plus une mort qui luy plaise Qu'un destin qui pourroit m'affranchir du trépas, Et qu'une éternité qui ne luy plairoit pas ; J'ay beau dissimuler ma passion extrême, Jusqu'après le trépas mon sort veut que je l'ayme, Et, pour dire à quel poinct ce cœur est embrazé, Jusqu'après le trépas qu'elle m'aura causé; Le coup qui me tuera pour vanger son injure Ne sera qu'une heureuse et légère blessure, Au prix du coup fatal qui me perça le cœur Quand de ma liberté son bel œil fut vainqueur. J'en fus désespéré jusqu'à tout entreprendre, Il m'osta le repos, que l'autre me doit rendre. Puis qu'estre sa victime est un décret des Cieux, Qu'importe qui me tuë, ou sa bouche ou ses yeux ! Souscrivez à l'arrest dont elle me menace ; Privé de sa faveur, je ne veux point de grâce : Mettez à bout l'effect qu'amour a commencé, Achevez un trépas desja bien advancé; Etj si d'autre interest n'esmeut vostre cholere, Craignez tout d'une main qui pût tuer un frère.
Le Roy.
Madame, modérez vos sensibles regrets, Et laissez à mes soins nos communs interests : Mes ordres aujourd'huy feront voir une marque Et d'un juge équitable et d'un digne monarque ; Je me despoûilleray de toute passion, Et je luy feray droit par sa confession !
Cassandre.
Mon attente, grand Roy, n'a point esté trompée, Et...