‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 120 sur 183 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

De quel généreux [sic] objet le mérite vous touche, Et doit estre le prix de ces fameux exploits Qui jusqu'en Moscovie ont estendu nos loix; J'imputois vostre prise aux charmes de Cassandre, Mais, l'infant l'adorant, vous n'y pouviez prétendre.

Le Duc.

Mes voeux ont pris, Madame, un vol plus eslevé; Aussi par ma raison n'est-il pas approuvé !

Théodore.

Ne cherchés point d'excuse en vostre modestie; Nommez-la, je le veux.

Le Duc.

Je suis sans repartie, Mais ma voix cédera cet office à vos yeux: Vous-mesme nommés-vous cet objet glorieux, Vos doigts ont mis son nom au bas de cette lettre. {Luy baillant la lettre ouverte.) Théodore, ayant leu son nom.

Vostre mérite, Duc, vous peut beaucoup permettre. Mais...

Le Duc.

Osant vous aymer^ j'ay condamné mes vœux, Je me suis voulu mal du bien que je vous veux ; Mais, Madame, accusés une estoille fatale D'eslever un espoir que la raison ravale, De faire à vos sujets encencer vos autels. Et de vous procurer des hommages mortels.

Théodore.

Si j'ay pouvoir sur vous, puis-je de vostre zèle Me promettre à l'instant une preuve fidelle?

Le Duc.

Le beau feu dont pour vous ce cœur est embrazé

i68 VENCESLAS.

Trouvera tout possible, et l'impossible aisé.

Théodore.

L'effort vous en sera pénible, mais illustre.

Le Duc.

D'une si noble ardeur il accroistra le lustre.

Théodore.

Tant s'en faut; cette espreuve est de tenir caché Un espoir dont l'orgueil vous seroit reproché ; De vous taire, et n'admettre en vostre confidence Que vostre seul respect avec vostre prudence, Et, pour le prix, enfin, du service important Qui rend sur tant de noms vostre nom éclattant, Aller en ma faveur demander à mon père, Au lieu de nostre hymen, la grâce de mon frère, Prévenir son arrest, et, par vostre secours, Faire tomber l'acier prest à trancher ses jours. De cette espreuve, Duc, vos vœux sont-ils capables?

Le Duc.

Ouy, Madame, et de plus, puisqu'ils sont si coupables, Ils vous sauront encor vanger de leur orgueil Et tomber, avec moy, dans la nuict du cercueil.

Théodore.

Non, je vous le deffends, laissez-moy mesvangeances, Et, si j'ay droit sur vous, observez mes defîences. Adieu, Duc.

[Elle s'en va.) Le Duc, seul.

Quel orage agite mon espoir!

Et quelle loy, mon cœur, viens-tu de recevoir! Si j'ose l'adorer, je prends trop de licence; Si je m'en veux punir, j'en reçoy la defîence: Me deffendre la mort sans me vouloir guérir,

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