LE ROY, LE PRINCE
Le Prince.
Venés-vous conserver ou vanger vostre race? M'annoncés-vous, mon père, ou ma mort ou ma grâce ?
Le Roy, pleurant.
Embrassez-moy, mon fils.
Le Prince.
Seigneur, quelle bonté!
Quel effet de tendresse, et quelle nouveauté! Voulés-vous ou marquer ou remettre mes peines? Et vos bras me sont-ils des faveurs ou des chalsnes?
Le Roy, pleurant.
Avecques le dernier de leurs embrassements, Recevez de mon cœur les derniers sentiments : Sçavez-vous de quel sang vous avez pris naissance ?
Le Prince.
Je Tay mal tesmoigné, mais j'en ay cognoissance.
Le Roy.
Sentés-vous de ce sang les nobles mouvements?
Le Prince.
Si je ne les produits, j'en ay les sentiments.
Le Roy.
Enfin, d'un grand effort vous trouvez-vous capable ?
Ouy, puisque je résiste à l'ennuy qui m'accable, Et qu'un effort mortel ne peut aller plus loing.
Le Roy.
Armez-vous de vertu, vous en avez besoing.