‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 132 sur 183 · ACTE V, SCENE DERNIERE · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE DERNIERE

El punir vostre crime, ou bien le couronner; L'Estat vous la souhaitte, et le peuple m'enseigne, Voulant que vous viviés, qu'il est las que je règne; La justice est aux roys la reyne des vertus, Et me vouloir injuste est ne me vouloir plus;

(Luy baillant la couronne.) Régnez, après l'Estat j'ay droict de vous élire Et donner en mon fils un père à mon empire.

Le Prince.

Que faictes-vous, grand Roy?

Le Roy.

M'appeler de ce nom, C'est hors de mon pouvoir mettre vostre pardon. Je ne veux plus d'un rang où je vous suis contraire. Soyez roy, Ladislas, et moy, je seray père : Roy, je n'ay pu des loix souffrir les ennemys; Père, je ne pourray faire périr mon fils; Une perte est aysée où l'amour nous convie; Je ne perdray qu'un nom pour sauver une vie ; Pour contenter Cassandre, et le duc, et l'Estat, Qui les premiers font grâce à vostre assassinat. Le duc pour recompense a requis ceste grâce ; Le peuple mutiné veut que je vous la face; Cassandre le consent, je ne m'en deffens plus. Ma seule dignité m'enjoignoit ce reffus ; Sans peine je descends de ce degré supresme, J'ayme mieux conserver un fils qu'un diadesme.

Si vous ne pouvés estre et mon père et mon roy, Puis-je estre vostre fils et vous donner la loy? Sans peine je renonce à ce degré supresme; Abandonnés plutost un fils qu'un diadesme.

,8o VENCESLAS.

Le Roy.

Je n'y prétends plus rien, ne me le rendes pas; Qui pardonne à son roy puniroit Ladislas , Et sans cet ornement feroit tomber sa teste.

Le Prince.

A vos ordres, Seigneur, la voila toute preste; Je la conserveray, puisque je vous la doibs, Mais elle régnera pour dispenser vos loix, Et tousjours, quoy qu'elle oze, ou quoy qu'elle projette, Le diadesme au front, sera vostre sujette.

[Il dit au Duc, l'embrassant.) Par quel heureux destin. Duc, ay-je mérité, Et de vostre courage et de vosire bonté , Le soing si généreux qu'ils ont eu pour ma vie ?

Le Duc.

Ils ont servy l'Estat alors qu'ils l'ont servie ; Mais, et vers la couronne et vers vous acquitté, J'implore une faveur de Vostre Majesté.

Le Prince.

Quelle ?

Le Duc.

Vostre congé. Seigneur, et ma retraicte , Pour ne vous plus nourrir cette hayne secrette Qui, m'expliquant si mal, vous rend tousjours suspects Mes plus ardents devoirs et mes plus grands respects.

Le Prince.

Non, non, vous devés. Duc, vos soings à ma province ; Roy, je n'hérite point des différends du prince, Et j'augurerois mal de mon gouvernement S'il m'en falloit d'abord oster le fondement. Qui trouve où dignement reposer sa couronne, Qui rencontre à son trosne une ferme colomne,

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