ACTE V, SCENE DERNIERE
Qui possède un sujet digne de cet employ, Peut vanter son bon heur, et peut dire estre roy. Le Ciel nous l'a donné, cet Estât le possède; Par ses soins tout nous rit, tout fleurit, tout succède; Par son art nos voysins, nos propres ennemys N'aspirent qu'à nous estre alliés ou sousmis ; Il faict briller par tout nostre pouvoir supresme. Par luy toute l'Europe ou nous crainct ou nous ayme. Il est de tout l'Estat la force et l'ornement, Et vous me l'osteriés par vostre esloignement? L'heur le plus précieux que, régnant, je respire. Est que vous demeuriés l'ame de cet empire :
{Monstrant Théodore.) Et, si vous répondes à mon élection, Ma sœur sera le nœud de vostre affection.
Le Duc.
J'y pretendrois en vain, après que sa deffence M'a de sa servitude interdit la licence.
Théodore.
Je vous avois prescrit de cacher vos liens, Mais les ordres du roy sont au-dessus des miens , Et, me donnant à vous, font cesser ma deffence.
Le Duc.
O de tous mes travaux trop digne récompence !
{Au Prince.) C'est à ce prix, Seigneur, qu'aspiroit mon crédit ! Et vous me le rendes, me l'ayant interdit.
Le Prince.
J'ay pour vous accepté la vie et la couronne, Madame, ordonnés-en^ je vous les abandonne; Pour moy, sans vos faveurs, elles n'ont rien de dous, Je les rends, j'y renonce, et n'en veux point sans vous;
i82 VENCESLAS.
De VOUS seule dépend et mon sort et ma vie.
Cassandre.
Après qu'à mon amant vostre main l'a ravie !
Le Roy.
Le sceptre que j'y mets a son crime effacé, Dessous un nouveau règne oublions le passé; Qu'avec le nom de prince il perde vostre hayne, Quand je vous donne un roy, donnés-nous une reyne.
Cassandre.
Puis-je, sans un trop lasche et trop sensible effort, Espouser le meurtrier, estant vefve du mort ? Puis-je...
Le Roy.
Le temps, ma fille...
Cassandre,
Ha ! quel temps le peut faire '
Le Prince.
Si je n'obtiens, au moins permettez que j'espère; Tant de sousmissions lasseront vos mespris Qu'enfin de mon amour vos vœux seront le prix.
Le Roy, au Prince :
Allons rendre à l'infant nos dernières tendresses, Et dans sa sépulture enfermer nos tristesses ; Vous, faictes-moy, vivant, louer mon successeur, Et voir de ma couronne un digne possesseur.
COSROÉS