‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 141 sur 183 · ACTE I, SCENE III. rgS · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III. rgS

En recevra les loix que vous devriés donner.

Juge, en vostre interest rendez-vous la justice,

Ravissez vostre bien qu'on ne vous le ravisse ;

Qui peut insolemment prétendre à vostre rang,

Par le mesme attentat en veut à vostre sang;

La reyne, qui vous craint, a trop de politique

Pour laisser un appas à la liayne publique

Et, vous chassant du trosne, oser vous épargner :

Il faut absolument ou périr, ou régner.

Avoués seulement les bras qu'on vous veut tendre ;

Quand on peut prévenir, c'est foiblesse d'attendre ;

Tout le crédit du roy, de son trosne sorty,

Ne s'estendra jamais à former un party ;

Contre tous ses desseins la Perse souslevée

Estalera sa liayne et publique et privée,

Vengera ses palais et ses forts embrazés,

Ses satrapes proscripts, ses trésors espuizés.

Et le sang que sans fruit les légions romaines

En tant d'occasions ont puisé de ses veines.

Syroés, resvani.

Laisser ravir un trosne est une lascheté , Mais en chasser un père est une impieté.

Palmyras.

Que, pour vous l'enseigner, luy-mesme il a commise.

Syroés.

Par son exemple, helas ! m'est-elle plus permise ! Et me produira-t'elle un moindre repentir ?

Palmyras.

Vous ne l'en chassez pas, puisqu'il en veut sortir, Ou que vostre marastre , à mieux parler, l'en chasse Pour y faire à son fils occuper vostre place.

196 COSROES.

Syroés.

Il m'a donné le jour !

Palmyras.

Il donne vostre bien !

Mais c'est mon père, enfin!

Palmyras.

Hormisdas fut le sien ; Et, si vous agissez d'un esprit si timide. Gardez d'estre l'objet d'un second parricide: Qui n'a point espargné le sang dont il est né, Peut bien n'espargner pas celuy qu'il a donné.

Syroés.

O dure destinée, et fatale avanture!

J'aj pour moy la raison, le droict et la nature ; Et par un triste sort, à nul autre pareil , Je les ay contre moy si je suy leur conseil. Du sceptre de mon père héritier légitime. Je n'y puis aspirer sans un énorme crime. Coupable, je le souille; innocent, je le perds; Si mon droict me couronne, il met mon père aux fers; Et de ma vie, enfin, je bazarde la course, Si mon impieté n'en espuise la source.

O mon père, ô mon sang, ne vous puis-je espargner ! Ne puis-je innocemment ny vivre ny régner! Et ne puis-je occuper un trosne héréditaire Qu'au prix de la prison ou du sang de mon père !

Palmyras.

Je voy qu'il faut. Seigneur, encorquelques moments A vostre pieté laisser ses sentiments.

Mais que vous veut Pharnace ? Il vous sert avec zele.

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